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Destitution, altercation et trêve: entre Zelensky et Trump, des liens tumultueux
La dispute entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump dans le Bureau ovale fin février a prouvé au président ukrainien l'importance de ses relations personnelles avec son homologue américain pour espérer trouver une issue acceptable à l'invasion russe.
Depuis cette scène inouïe, Volodymyr Zelensky a tout fait pour limiter les dégâts avec le locataire de la Maison Blanche. S'excuser platement, le remercier chaudement, et se plier à la proposition américaine d'un cessez-le-feu de 30 jours, cependant pas encore acceptée par Moscou.
Ces efforts lui ont permis de faire redémarrer l'aide militaire américaine à Kiev ainsi que son partage de renseignements.
"J'avais quelqu'un qui ne semblait pas vouloir la paix. Maintenant, il a accepté la paix", a dit le président américain de son homologue.
Volodymyr Zelensky a de son côté assuré vendredi vouloir des "relations normales et efficaces".
Mais malgré cette ébauche de réconciliation, les liens restent fragiles, Donald Trump prônant un rapprochement avec le président russe Vladimir Poutine.
Les tensions ne sont pas nouvelles entre Volodymyr Zelensky et le républicain, déjà président de 2017 à 2021.
Elles remontent à 2019, quand Donald Trump avait tenté lors d'un appel téléphonique de faire pression sur son homologue ukrainien pour ouvrir une enquête sur son rival démocrate Joe Biden.
Volodymyr Zelensky ne l'avait pas fait, et l'affaire une fois révélée avait mené au procès en destitution intenté à Donald Trump, finalement acquitté par le Sénat américain.
Ceux qui faisaient partie du cercle du républicain à l'époque considèrent qu'il n'a pas pardonné.
"Presque toutes les difficultés" découlent de cette conversation téléphonique de 2019 et de ses retombées, juge John Bolton, ancien conseiller de M. Trump à la sécurité nationale, tombé depuis en disgrâce. "C'est quelque chose que Trump n'a jamais oublié (...) et il est clair qu'il n'y a pas d'alchimie."
- Trump "déteste Zelensky" -
D'autres sont encore plus directs.
"Donald Trump déteste l'Ukraine avec passion. Il déteste Zelensky avec passion (...) Je lui ai parlé (à Trump), j'étais assis là, je l'ai entendu", affirmait récemment lors d'une interview Lev Parnas, un proche de Rudy Giuliani, l'avocat de Donald Trump impliqué dans l'affaire. Le péché originel était que l'Ukraine "ne lui pas donné ce qu'il voulait" en refusant d'enquêter sur Joe Biden, ajoutait cet Américano-Ukrainien, qui avait témoigné contre le président américain devant le Congrès.
Or les sentiments de Donald Trump influent sur la position des États-Unis.
"Quand il aime quelqu'un, ou qu'il n'aime pas quelqu'un, cela a un impact extraordinairement disproportionné", estime John Bolton. Cet ancien proche est désormais très critique de Donald Trump, qui le lui rend bien.
Certains considèrent en revanche que les tensions sont le fruit des faiblesses de Volodymyr Zelensky.
A les en croire, le président ukrainien a fait des erreurs de débutant durant sa visite catastrophique à Washington fin février: répondre aux provocations du vice-président américain JD Vance, ne pas porter un costume - ce qui lui a valu des piques - et ne pas inonder Donald Trump de compliments.
"Zelensky est vraiment un mauvais diplomate qui s'est disputé avec absolument toutes les personnalités politiques car il ne comprend rien à ce qu'il fait", critique auprès de l'AFP un ancien membre de son équipe, sous couvert d'anonymat.
- Rien de "définitif" -
Les alliés de Volodymyr Zelensky, au contraire, présentent l'ancien comédien comme un dirigeant rigoureux et dévoué.
Pour un membre de la délégation ukrainienne qui était présent à la Maison Blanche, l'explosion dans le Bureau ovale était dû à la rencontre de "deux egos", ce qui fait "beaucoup pour une salle".
"Le président n'a pas la langue dans sa poche, il insiste toujours sur le fait qu'il n'est pas un politicien et ne va pas faire semblant de jouer à ces subtilités politiques", dit-il à l'AFP. "En période de guerre, on n'a pas le temps pour les amabilités, les costumes et la courtoisie."
Néanmoins, le président ukrainien regrette l'altercation et si c'était à refaire, peut-être qu'il se "serait comporté différemment", suggère cette source.
John Bolton rappelle qu'avec Donald Trump, "rien n'est jamais définitif, car il est très transactionnel". En quelques semaines, le président américain a opéré un virage à 180 degrés, de la réunion houleuse à la proposition de trêve.
Mais dans la bataille pour l'affection de Donald Trump, le dirigeant ukrainien a un adversaire de taille: "Trump considère que son amitié avec Poutine est tellement forte que, pour Zelensky, il sera difficile de surmonter cela", selon John Bolton.
T.Resende--PC