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Comment Trump a chamboulé les marchés mondiaux
En à peine quelques mois, la politique de Donald Trump a bouleversé les marchés mondiaux, provoquant une fuite des capitaux hors des Etats-Unis dont l'or et les Bourses européennes profitent. Retour sur ce basculement.
Les actions américaines attirent moins
Après des années de domination, les actions américaines sont désormais moins demandées que les autres. Le principal indice de Wall Street, le S&P 500, ne gagne que 2% depuis le début de l'année, contre 18% pour l'indice vedette à Francfort, 8% à Londres et 4% à Paris.
En cause: un "fort niveau d'incertitude sur la politique douanière de Donald Trump, avec de nombreux revirements, et son impact potentiel sur la croissance" américaine, explique à l'AFP Kevin Thozet, de la société d'investissement Carmignac.
Les capitaux délaissant les Etats-Unis se sont notamment dirigés vers l'Europe.
Exemple le 7 avril, où Donald Trump avait annoncé une rafale de "droits de douane réciproques" sur presque tous ses partenaires commerciaux: Euronext, la société qui gère sept des grandes places boursières européennes, a enregistré ce jour-là "30 milliards d'euros de valeurs négociées, trois fois plus que d'habitude", selon son patron Stéphane Boujnah.
Le roi dollar chahuté
Depuis six mois, le billet vert a perdu 10% de sa valeur par rapport à la monnaie européenne. Sa "pire performance depuis trente ans", selon Robert Farago, analyste pour la plateforme d'investissement britannique Hargreaves Lansdown.
Monnaie de réserve et d'échanges, le dollar souffre des incertitudes douanières mais aussi des craintes quant à l'ampleur de la dette américaine, exacerbées par la "grande et belle loi" budgétaire de Donald Trump en discussion au Congrès, jugée dispendieuse par les marchés.
De là à menacer son hégémonie? Certains l'espèrent. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a appelé en mai à "ouvrir la voie à un rôle international accru pour l'euro".
Mais le chemin est long: "qui peut remplacer le dollar? Le yuan n'est pas convertible, l'euro est trop fragmenté", pondère Jean Lemierre, président du conseil d'administration de BNP Paribas.
Inquiétudes pour la dette américaine
La dette américaine est une clé de voute du système financier: le reste du monde prête aux États-Unis pour disposer de dollars et d'un placement sûr.
Mais Jamie Dimon, le patron très écouté de la banque américaine JPMorgan Chase, s'est inquiété début juin du "gros problème" représenté par le niveau d'endettement américain, risquant une crise sur ce marché.
Signe d'une perte de confiance, les taux d'intérêt de la dette américaine sur trente ans ont dépassé le cap symbolique des 5% fin mai.
"J'ai toujours dit aux clients que, s'ils voulaient un actif qui reste intact, même en cas de catastrophe, il fallait de la dette américaine. Je pense que ce n'est plus le cas", tranche Alexandre Hezez, stratégiste pour la banque Richelieu.
Un tel mouvement de vente simultanée des actions, des dettes et de la monnaie d'un pays est rare. "Une baisse continuelle du dollar alors que les taux (...) augmentent est un signe que l'argent quitte les États-Unis", explique à l'AFP Steve Sosnick, analyste chez Interactive Brokers.
Or et cryptos, les gagnants
L'or, valeur refuge ultime, a bondi de près de 30% par rapport au début de l'année, avec un record en avril à plus de 3.500 dollars l'once.
Les cours sont aussi portés par les achats des grandes banques centrales, qui remplacent dans leurs réserves des devises et notamment des dollars.
Les cryptoactifs profitent de leur côté d'une politique de dérégulation et de légitimation, menée par le président américain. Le plus connu d'entre eux, le bitcoin, a dépassé pour la première fois les 100.000 dollars juste après l'élection américaine. Il affiche une hausse de près de 60% sur un an.
L'inconnue du pétrole
C'était une priorité du président Trump: faire baisser les prix du pétrole pour que l'inflation recule aux États-Unis.
En avril, le brut est effectivement descendu sous 60 dollars le baril, une première depuis 2021. Mais c'est parce que les investisseurs anticipaient une plus faible demande, en raison des incertitudes sur la croissance suscitées par les droits de douane américains.
Les cours ont toutefois remonté autour de 75 dollars avec l'escalade militaire entre Israël et l'Iran.
T.Batista--PC