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L'Argentine a voté pour des législatives de mi-mandat cruciales pour Milei et ses réformes
L'Argentine a voté dimanche lors de législatives décisives pour le président ultralibéral Javier Milei, qui vont déterminer sa marge de manoeuvre, sa capacité à réformer et déréguler une économie toujours fragile, sur ses deux ans restants de présidence.
Mais le scrutin a pris une résonance mondiale, avec la perfusion de plus de 40 milliards de dollars, publics ou privés, promise par l'administration Trump à l'économie argentine en pleine turbulence financière. Une aide à l'allié Milei, mais lestée d'un bémol: Washington ne sera "pas si généreux" si Milei perd, a prévenu Donald Trump.
La journée de vote a pris fin à 18H00 locales (21h00 GMT), sans incidents, et de premiers résultats devraient être connus trois heures plus tard.
"Le plus dur est passé", "Ne lâchez pas!", a martelé Javier Milei ces dernières semaines. Conscient qu'une majorité d'Argentins ont plus ressenti les privations que la stabilisation macro-économique. Et que sa popularité, autour de 36-38%, est au plus bas depuis le début de son mandat, après un basculement de l'humeur sociale courant 2025.
Le scrutin renouvelle la moitié des députés et un tiers des sénateurs, chambres sans majorité absolue.
Quasi-certitude selon les sondages: bien qu'au coude à coude avec l'opposition péroniste (centre gauche), le petit parti de Milei, La Libertad Avanza, comptera plus de sièges que jusqu'ici (15% des députés, 10% des sénateurs).
- "Manque de finesse" politique -
Progression, mais "victoire" pour autant? "Un bon chiffre" serait un tiers des sièges, seuil qui lui permettrait d'imposer ses vetos, a posé Javier Milei.
Dans son viseur d'ici 2027: des réformes fiscale, de flexibilisation du marché du travail, et du système de protection sociale. Qu'il n'est pas seul à souhaiter.
"Ce gouvernement est en train d'essayer de sortir le pays du trou où l'ont mis les précédents", saluait après son vote dimanche Victorio, élégant retraité de 70 ans. Mais Milei "manque de finesse (...) il s'y connaît en économie, mais devrait écouter ceux qui s'y connaissent en politique".
Javier Milei a beaucoup légiféré par décrets, ou accords législatifs ponctuels. Mais il s'est vu de plus en plus entravé par un Parlement braqué par sa rigidité, voire ses insultes: "nid à rats", "dégénérés"...
"On a besoin d'un Parlement moins polarisé, avec moins de cris, d'insultes et plus de capacité à dialoguer", résumait après son vote le sénateur d'opposition (centriste) Martín Lousteau.
"J'espère qu'il va faire attention à ses manières", exprimait à sa façon Adriana Cotoneo, retraitée de 69 ans, qui disait voter Milei plus que tout par rejet du péronisme. "Parfois il devrait mettre son égo de côté...".
Javier Milei a voté en fin de matinée à Buenos Aires, prenant un mini-bain de foule aux cris de "Allez Javier!".
Il arrive au scrutin auréolé d'un succès contre l'inflation, ramenée de plus de 200% à 31,8% en interannuel, et d'un équilibre budgétaire inédit depuis 14 ans.
Mais son "plus grand ajustement budgétaire de l'Histoire" - comme il aime à répéter - a vu la perte de plus de 200.000 emplois, un définancement de la santé et de l'université publiques, une activité anémiée, en contraction de 1,8% en 2024, une reprise 2025 qui s'essouffle. Et une société plus que jamais à deux vitesses.
- Le peso en sursis ? -
"Ils sont en train d'anéantir la classe moyenne", enrageait dimanche Mariana Menendez, 54 ans. Qui racontait "l'angoisse" d'avoir vu disparaître 200 des 600 emplois de son hôpital de santé mentale, et "désactiver des programmes d'aide à l'enfance, aux violences intrafamiliales, des choses gravissimes".
Après bientôt deux ans de restrictions budgétaires "s'estompe la confiance dans sa capacité à réaliser des ajustements plus importants", diagnostique Mauricio Monge, analyste Amérique latine au cabinet britannique Oxford Economics.
Marque de cette défiance, les marchés financiers sont sceptiques sur le maintien du cap d'austérité, et jugent le peso surévalué. Plusieurs fois en octobre, le Trésor américain est intervenu sur le marché des changes pour acheter du peso et empêcher sa chute.
Dans l'expérience des Argentins, cela réveille une hantise: une dévaluation, ou une forte dépréciation, post-élections.
"Non", a insisté dimanche le ministre de l'Economie Luis Caputo. "Lundi sera un jour comme les autres, ni le programme économique ni le régime de changes ne seront modifiés".
G.Teles--PC