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Des millions d'Américains privés d'aide alimentaire par la paralysie budgétaire
Les Etats-Unis atteindront samedi l'échelon symbolique d'un mois de paralysie budgétaire, synonyme de la suspension d'un programme public d'aide alimentaire dont dépendent des dizaines de millions d'Américains.
Après plus de quatre semaines de "shutdown" et la mise au chômage technique de centaines de milliers de fonctionnaires, des perturbations dans le trafic aérien ou encore la fermeture de parcs nationaux, les effets du blocage vont s'étendre à d'autres pans de la population à partir de minuit dans la nuit de vendredi à samedi.
"La plupart des gens n'ont rien remarqué jusqu'à cette semaine", a affirmé jeudi l'influent parlementaire républicain Tom Emmer sur Fox News. "Grâce à Donald Trump, qui a trouvé un moyen de payer nos troupes ce mois-ci, les souffrances ont été retardées", a-t-il dit, sans toutefois évoquer l'absence de salaire pour plus d'un million d'autres employés fédéraux.
"Mais à partir de cette semaine, ça commence à devenir vraiment concret", a-t-il souligné.
Samedi, l'Etat fédéral cessera ses versements au programme SNAP d'aide alimentaire, sur lequel reposent plus de 42 millions d'Américains selon les données officielles.
La ministre de l'Agriculture de Donald Trump, Brooke Rollins, a affirmé que le programme était à court de fonds après un mois de "shutdown".
Plus d'une vingtaine d'Etats dirigés par des démocrates poursuivent cependant l'administration Trump en justice afin de la forcer à utiliser des fonds d'urgence pour continuer de le financer. Une juge fédérale doit rendre une première décision vendredi dans cette affaire.
- Subventions -
Samedi seront également rendus publics les nouveaux coûts d'assurance santé pour les plus de 24 millions d'Américains dont la couverture passe par le programme fédéral "Obamacare".
Avec l'expiration attendue à la fin de l'année de subventions publiques pour ce programme, ces coûts risquent d'exploser selon KFF, cercle de réflexion spécialisé sur les questions de santé.
Une personne payant le coût moyen de 888 dollars en 2025 devrait ainsi s'acquitter de 1.906 dollars en 2026, estime KFF.
Et selon le Bureau budgétaire du Congrès, quatre millions d'Américains pourraient perdre toute couverture.
La question de ces subventions pour "Obamacare" est au coeur de la confrontation au Congrès entre républicains et démocrates, qui ne parviennent pas à s'entendre sur l'adoption d'un nouveau budget.
Le parti de Donald Trump propose de prolonger le budget actuel, avec les mêmes niveaux de dépenses, tandis que l'opposition réclame une prolongation de ces subventions.
Même si les républicains sont majoritaires au Sénat, plusieurs voix démocrates sont nécessaires pour adopter un budget.
Mais depuis le début du "shutdown" le 1er octobre, chaque camp reste inflexible et les négociations sont quasi inexistantes.
La plupart des sondages indiquent jusque-là que les Américains montrent principalement du doigt le parti présidentiel. Selon une enquête d'opinion pour ABC et le Washington Post publiée jeudi, 45% des interrogés attribuent la responsabilité du blocage en premier à Donald Trump et aux républicains au Congrès, contre 33% aux élus démocrates.
- "Ridicule" -
Du côté républicain, on espère que les échéances à venir pour SNAP et "Obamacare" permettront de faire céder suffisamment de sénateurs démocrates et ainsi mettre bientôt fin à la crise.
Alors que la solde des militaires avait pu être versée en octobre après une décision de Donald Trump, il n'est pas certain qu'une telle mesure soit possible pour novembre. Et les plus d'1,3 million d'Américains sous les drapeaux pourraient se joindre aux 1,4 million de fonctionnaires dont la paie est déjà gelée depuis un mois.
Sans revirement démocrate, la solution pourrait venir d'une intervention de Donald Trump, resté jusque-là à la marge des débats.
Jeudi, le président a appelé les républicains au Sénat à se débarrasser de la règle qui nécessite un seuil de 60 voix sur 100 pour adopter un texte budgétaire, ce qui permettrait de se passer des voix démocrates.
"NOUS sommes au pouvoir, et si nous faisions ce que nous devrions faire, cela mettrait fin IMMEDIATEMENT à ce +SHUTDOWN+ ridicule qui détruit le pays", a lancé Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
Il devrait se heurter cependant aux réticences des chefs républicains de la chambre haute, très attachés à cette règle.
A.Aguiar--PC