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Face à "l'armada" américaine, l'Iran met en garde contre une intervention
L'Iran a mis en garde lundi contre une intervention américaine après le récent mouvement de contestation réprimé dans le sang, au moment où les Etats-Unis renforcent leur présence dans la région, avec l'arrivée prévue d'un porte-avions.
Parallèlement, dans un pays encore coupé d'internet, le travail de décompte des morts se poursuit avec difficultés, le bilan approchant désormais les 6.000 morts, selon une organisation de défense des droits humains, qui enquête sur des milliers d'autres possibles décès.
Donald Trump avait annoncé la semaine dernière qu'une "armada" navale américaine était en route pour le Golfe, maintenant la pression sur Téhéran qu'il a plusieurs fois menacé de frapper.
"Je préférerais que rien ne se passe, mais nous les surveillons de très près", avait lancé le président des Etats-Unis.
D'après des médias américains, le porte-avions Abraham Lincoln, qui se trouvait en mer de Chine méridionale, a reçu l'ordre de se diriger vers le Moyen-Orient.
- "Qui sème le vent" -
"L'arrivée d'un tel navire de guerre ne va pas affecter la détermination de l'Iran (...) à défendre la nation", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans une référence apparente au porte-avions.
"La République islamique d'Iran a confiance en ses propres capacités", a-t-il ajouté.
L'Iran et Israël se sont livré en juin 2025 une guerre de 12 jours, déclenchée par une attaque sans précédent d'Israël contre des installations militaires et nucléaires sur le territoire iranien ainsi que des zones habitées. Les Etats-Unis s'étaient joints à l'offensive de leur allié israélien en frappant trois sites nucléaires.
Symbole de ces tensions, les autorités iraniennes ont déployé sur une place du centre de Téhéran un immense panneau d'affichage anti-américain, semblant montrer un porte-avions en train d'être détruit.
"Qui sème le vent récolte la tempête", affirme le slogan traduit en anglais.
- Nouveau bilan -
Déjà affaibli par la guerre de juin 2025, l'Iran a étouffé par une violente répression les récentes manifestations. Initié en décembre par des commerçants contre le marasme économique, le mouvement a pris le 8 janvier une vaste ampleur, posant à la République islamique son plus grand défi depuis sa création en 1979.
Ce jour-là, l'accès à internet a été bloqué et les Iraniens restent encore aujourd'hui largement coupés du monde, a souligné lundi l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, une décision visant selon elle à "masquer l'ampleur de la répression meurtrière contre les civils".
Pendant ce temps, "les comptes du régime promeuvent le discours de la République islamique", a-t-elle ajouté sur son compte X.
Le guide suprême, Ali Khamenei, est apparu pour la dernière fois en public le 17 janvier, avertissant dans un discours retransmis par la télévision nationale que les autorités "briseraient le dos des séditieux".
Selon Human Rights Activists News Agency (HRANA), 5.848 personnes ont été tuées au cours du mouvement de contestation, dont 5.520 manifestants, 77 mineurs, 209 membres des forces de sécurité et 42 passants.
L'ONG ajoute être en train d'examiner 17.091 autres possibles décès, alors que les défenseurs des droits humains estiment que le bilan pourrait être bien plus élevé que les milliers de morts déjà confirmés.
HRANA a par ailleurs fait état de l'arrestation d'au moins 41.283 personnes.
Mercredi, les autorités iraniennes ont donné leur premier bilan total, de 3.117 morts, dont la grande majorité (2.427) sont selon elles des "martyrs" - forces de sécurité ou passants, et non des "émeutiers" comme sont qualifiés les manifestants.
La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, affirme pour sa part que plus de 36.500 personnes ont été tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires.
Au Liban, le Hezbollah, mouvement pro-iranien sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, organise lundi après-midi des rassemblements dans plusieurs régions pour soutenir l'Iran "face au sabotage et aux menaces américano-sionistes", avec une prise de parole prévue de son chef Naïm Qassem.
G.M.Castelo--PC