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Staten Island, l'île "oubliée" de New York, voudrait prendre le large
Avec ses maisons en bois sagement alignées, ses parcs et ses vastes zones commerciales, l'île de Staten Island ressemble plus à une paisible banlieue américaine qu'à l'image qu'on se fait de New York.
Une différence cultivée par les habitants de cet arrondissement de la ville, dont beaucoup, animés par un lancinant sentiment d'abandon et une franche hostilité au nouveau maire démocrate Zohran Mamdani, poussent jusqu'à vouloir faire sécession.
Reliée au reste de la mégapole par un seul pont et un ferry (gratuit), l'île, new-yorkaise depuis 1898, n'a pas d'hôpital public, peu d'institutions culturelles et des transports publics notoirement médiocres, énumère auprès de l'AFP Pat Salmon, historienne locale. Jusqu'en 2001, le territoire accueillait les déchets de tout New York dans une immense décharge, désormais recouverte.
"On a vraiment l'impression d'être laissés de côté", témoigne Adriana Velazquez, résidente de 44 ans et professionnelle de santé, résumant un sentiment largement partagé tenant dans le surnom de l'île: "l'arrondissement oublié".
Beaucoup plus conservateur que les quatre autres arrondissements de New York (Manhattan, Brooklyn, le Queens et le Bronx), Staten Island est le seul à avoir majoritairement voté pour Donald Trump à chacune de ses trois candidatures présidentielles et, en novembre dernier, massivement contre le très à gauche nouveau maire de New York.
"Staten Island ne se reconnait pas dans le modèle socialiste", a résumé après l'élection Vito Fossella, président républicain de l'arrondissement - et un des nombreux descendants d'Italiens qui peuplent l'île.
- Centre Amazon géant -
Quitter la mégapole pour devenir une ville à part entière? L'idée, qui a toujours eu ses partisans, revient dans le débat public.
Porte-voix des sécessionnistes, Sam Pirozzlo, élu républicain de l'Assemblée de l'Etat, se réjouit que l'hostilité au nouveau maire serve de "catalyseur pour amener les gens à participer à cette conversation".
Il rappelle qu'en 1993, un référendum consultatif auprès des habitants avait vu triompher le "oui" avec 65% des voix - avant que le dossier ne s'enlise, en raison notamment de l'hostilité de l'Etat de New York.
Une autonomie serait-elle faisable économiquement?
"En 1993, des études ont prouvé que Staten Island générait 158 millions de dollars de plus en recettes fiscales que ce que nous recevions réellement en services à l'époque", souligne Sam Pirozzolo. "Depuis, nous avons probablement 150.000 habitants supplémentaires et d'innombrables entreprises" pour abonder les recettes locales, à l'image du gigantesque centre logistique Amazon qui occupe toute une partie ouest.
Pas facile, toutefois, de peser dans le débat quand on rassemble seulement 500.000 habitants sur les quelque 8,5 millions que compte la ville. Un déséquilibre qui s'illustre aussi au conseil municipal de New York, où seuls trois élus représentent l'île, sur un total de 51.
Frank Morano est l'un des trois.
Pas opposé à l'idée de quitter la mégalopole, l'élu - également républicain - prône toutefois une vaste étude de faisabilité. Et pourquoi pas "une approche hybride, avec peut-être une plus grande autonomie", dit-il.
- "Nous sommes différents" -
Devant le grand centre-commercial du centre de l'île, Mark Ortego, 23 ans, accélère le pas dans le froid piquant pour se rejoindre sa voiture, garée sur un immense parking.
Devenir indépendant? "J'aime bien cette idée. Nous sommes différents du reste de la ville", répond cet installateur de climatiseurs.
Adriana Velazquez, accompagnée de sa fille, est moins enthousiaste. "Nous sommes une île très petite, et le fait de faire partie des cinq arrondissements nous permet de bénéficier de tous les avantages" de la riche mégapole.
Lors d'un récent déplacement à Staten Island, Zohran Mamdani a répété que l'île était "une composante essentielle" de New York, manière de clore la discussion.
Aussi vieux que l'histoire de la fusion, le débat sur la sécession pourrait aussi bien durer encore 100 ans, juge Richard Flanagan, professeur à l'Université de la ville de New York.
En attendant, "les habitants apprécieraient une forme de reconnaissance de la part du reste de la ville", conclut Frank Morano.
"Nous avons joué un rôle indéniable dans ce qu'est New York aujourd'hui (...) Ce territoire mérite mieux qu'être réduit à ses décharges et ses mafieux".
M.A.Vaz--PC