Euronext
AEX -0.17% 1001.53
BEL20 -0.42% 5370.13
PX1 -0.76% 8201.24
ISEQ -1.95% 12594.18
OSEBX 2.08% 2065.05 kr
PSI20 0.6% 9506.57
ENTEC -0.41% 1416.23
BIOTK 2.74% 3926.73
N150 0.21% 4057.54
Cinq choses à savoir sur Memorial, ONG russe des droits humains déclarée "extrémiste"
Cinq choses à savoir sur Memorial, ONG russe des droits humains déclarée "extrémiste" / Photo: Alexander NEMENOV - AFP/Archives

Cinq choses à savoir sur Memorial, ONG russe des droits humains déclarée "extrémiste"

La Cour suprême à Moscou a déclaré jeudi l'ONG russe de défense des droits humains Memorial, déjà dissoute en 2021, comme étant une "organisation extrémiste", une décision facilitant les poursuites contre toute personne s'y associant de quelque façon en Russie.

Taille du texte:

"La Cour suprême de la Fédération de Russie a reconnu que l'activité du mouvement civique international +Memorial+ revêt un caractère nettement antirusse", a indiqué la Cour dans un communiqué.

Le Centre pour la protection des droits humains Memorial, émanation informelle de Memorial en Russie, a dénoncé une décision "illégale" qui "marque une nouvelle étape dans la pression politique sur la société civile russe".

Voici cinq choses à savoir sur cette organisation, gardienne depuis plus de 30 ans de la mémoire des crimes soviétiques et co-lauréate du prix Nobel de la paix en 2022.

- Mémoire et enquêtes -

Fondée en 1989, notamment par le dissident soviétique Andreï Sakharov, Memorial a œuvré à documenter et préserver la mémoire de millions de victimes oubliées des répressions soviétiques, mais aussi de leurs bourreaux.

Son action s'est élargie à des enquêtes rigoureuses sur les violations des droits humains dans le chaos russe des années 1990, les exactions en Tchétchénie et celles de paramilitaires russes en Syrie, et les persécutions politiques actuelles.

- Persécutions, assassinats -

Les activistes de l'organisation ont parfois payé de leur vie leur engagement.

En 2009, la responsable de l'ONG en Tchétchénie, Natalia Estemirova, avait été enlevée en plein jour et exécutée d'une balle dans la tête à Grozny.

L'un des historiens de Memorial, Iouri Dmitriev, spécialiste des purges staliniennes en Carélie (nord-ouest), a été condamné en 2021 à quinze ans de prison dans une affaire de "violences sexuelles" dénoncée par ses soutiens comme une tentative de le réduire au silence.

En 2023, les domiciles de plusieurs ex-employés ont été perquisitionnés par la police et certains ont été interrogés dans des commissariats.

- "Agent de l'étranger" -

En décembre 2021, la justice russe a ordonné la dissolution de Memorial au motif qu'elle avait enfreint la loi sur les "agents de l'étranger".

Ce label qu'on lui a accolé en 2015 l'obligeait à l'indiquer systématiquement, ce que n'aurait pas fait Memorial selon la justice russe.

Pendant le procès qui a entraîné sa dissolution, le procureur Alexeï Jafiarov l'a accusée de "créer une image mensongère de l'URSS en tant qu'Etat terroriste" et de chercher à "réhabiliter des criminels nazis".

Depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, les victimes des persécutions soviétiques sont poussées dans l'ombre.

Staline, le principal responsable des répressions soviétiques, est surtout présenté en héros tombeur du nazisme, et de façon encore plus accrue depuis l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine lancée en 2022 dans laquelle le Kremlin assure combattre des "néo-nazis".

- Prix Nobel de la paix -

L'organisation a reçu le prix Nobel de la paix en 2022, conjointement avec le militant bélarusse Ales Beliatski et le Centre ukrainien pour les libertés civiles, en pleine offensive militaire de Moscou en Ukraine.

Quelques heures après cette reconnaissance internationale, un tribunal de Moscou a ordonné la saisie des bureaux de Memorial dans la capitale russe pour les transformer en "biens publics".

- Réseau en exil -

Des responsables, tels le cofondateur et dissident Oleg Orlov, libéré de prison dans le cadre d'un échange de prisonniers en 2024, travaillent désormais hors de Russie.

Memorial continue d'exister via un réseau de plusieurs dizaines d'organisations plus ou moins formelles en Russie et des satellites à l'étranger.

Début 2026, la justice russe a déclaré "indésirables" deux entités enregistrées en Suisse et en Allemagne, ce qui expose leurs collaborateurs en Russie à des amendes, voire des peines d'emprisonnement.

M.Gameiro--PC