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Keir Starmer, l'espoir déçu du retour du Labour au pouvoir au Royaume-Uni
Le travailliste Keir Starmer avait juré de mettre à profit à Downing Street son expérience d'avocat et de procureur sérieux, mais il est désormais un Premier ministre en sursis, miné par une profonde impopularité et désaffection dans son propre camp.
Le Premier ministre britannique n'en finit pas de se défendre depuis la défaite historique du Labour aux élections locales de la semaine dernière, qui ont vu les travaillistes perdre la majorité dans nombre de ses bastions.
Et de marteler qu'il ne "quittera pas" le pouvoir malgré une popularité parmi les plus faibles des Premiers ministres de l'histoire moderne, selon l'institut YouGov.
Cet ex-avocat de 63 ans, spécialisé dans les droits humains, était pourtant entré par la grande porte à Downing Street le 5 juillet 2024, après une large victoire du Labour lors des élections législatives.
Les attentes étaient grandes envers le dirigeant travailliste, dans un Royaume-Uni confronté à une économie apathique, une hausse du coût de la vie, et à des services publics, notamment de santé, éreintés par des années d'austérité.
- Fronde sur sa gauche -
En arrivant au pouvoir, il avait dit que le chemin serait "long et difficile" pour redresser le pays.
Son ton précis et sans flamme de juriste, d'abord vu comme un gage de sérieux, l'a vite desservi. Il n'a jamais réussi à briser la glace auprès des Britanniques, ni à s'allier l'opinion lorsque les difficultés sont apparues.
Elles n'ont pas manqué: il s'est aliéné l'aile gauche de son imposante majorité avec des mesures jugées antisociales, sur lesquelles il a dû revenir en partie face à la fronde. Ou avec le durcissement de la politique migratoire qu'il a opéré pour tenter de désamorcer, sans succès, la montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.
Il n'a pas non plus échappé aux affaires au sein de son gouvernement.
Plusieurs de ses ministres ont été contraints au départ, dont sa numéro deux Angela Rayner, en septembre 2025, désormais vue comme une de ses successeurs potentiels.
Et il a été accusé de ne pas prendre ses responsabilités après s'être séparé de plusieurs conseillers et haut fonctionnaires dans le cadre de l'affaire Peter Mandelson: nommé ambassadeur à Washington, l'ex-commissaire européen a été limogé neuf mois plus tard, après des révélations sur son amitié avec le pédocriminel Jeffrey Epstein.
Ce scandale avait déjà valu à Keir Starmer des appels à la démission, lorsque des documents publiés début 2026 ont montré qu'il avait été averti des "risques" liés à cette nomination. Et que le ministère des Affaires étrangères avait outrepassé une recommandation négative du service chargé d'évaluer les antécédents de Peter Mandelson.
- Pragmatique plutôt qu'idéologue -
Keir Starmer a eu un peu plus de succès à l'international, où il s'est évertué à redonner un poids à la voix du Royaume-Uni, affaiblie depuis le Brexit.
Il a d'abord maintenu tant bien que mal de bonnes relations avec Donald Trump, qui lui ont permis d'obtenir des droits de douanes plus avantageux que ceux imposés par le président américain à l'UE et d'autres pays.
Mais son refus de soutenir pleinement l'offensive israélo-américaine contre l'Iran a ulcéré le président américain qui a multiplié les piques contre lui.
Dans le monde économique, on lui sait gré d'avoir relancé les relations avec l'UE, et décroché un assouplissement des barrières commerciales avec les 27. Il a aussi serré les rangs avec ses partenaires européens sur l'Ukraine.
Mais les hausses d'impôts et de cotisations des derniers budgets sont mal passées.
Après avoir grandi à Oxted, près de Londres, ce fils d'un père outilleur et d'une mère infirmière handicapée par une maladie rare est entré tard en politique.
Il est élu député en 2015 dans une circonscription du nord de Londres, après avoir dirigé de 2008 à 2013 le parquet général d'Angleterre et du pays de Galles, un poste-clé du système judiciaire britannique. Ce qui lui a valu d'être anobli en 2014 par la reine Elizabeth II.
Keir Starmer - ainsi prénommé en hommage au fondateur du Labour, Keir Hardie - est arrivé à la tête du parti travailliste en 2020 après la déroute électorale subie l'année précédente par son très à gauche prédécesseur Jeremy Corbyn.
Il a alors recentré le parti et écarté sans trembler ceux qui, en interne, ne partageait pas sa vision de centre-gauche. Avec aussi la volonté de tourner la page des accusations d'antisémitisme qui avaient entaché le Labour sous Jeremy Corbyn.
Flûtiste et violoniste, joueur de football et supporteur d'Arsenal, Keir Starmer se dit volontiers plus "pragmatique" qu'idéologue.
Avant son arrivée à Downing Street, il disait espérer qu'on se souvienne de lui comme de "quelqu'un qui a mené un gouvernement travailliste audacieux et réformateur".
bur-mhc/cat/cls
P.Sousa--PC