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Birmanie: les agriculteurs souffrent des pénuries d'engrais et de carburant
Malgré le ciel de mousson promettant de fortes pluies, les agriculteurs birmans s'inquiètent pour leurs futures récoltes face à la crise des engrais et du carburant provoquée par la guerre au Moyen-Orient.
"Si les prix continuent d'augmenter, j'en serai réduit à mendier ", dit à l'AFP Soe Naing, assis sur un sac de semences de riz face aux 12 hectares de terres qu'il loue dans la commune de Kawhmu, au sud de Rangoun.
"Je vais peut-être abandonner l'agriculture, même si c'est ma vocation", poursuit le quinquagénaire entre les rideaux de pluie annonçant le début de la saison des plantations dans la région.
La guerre au Moyen-Orient a provoqué des difficultés d'approvisionnement en Asie, très dépendante des navires transitant par le détroit d'Ormuz.
En proie à une guerre civile depuis un coup d'Etat militaire en 2021, la Birmanie est encore plus vulnérable que ses voisins: selon des chiffres officiels, le pays d'Asie du Sud-Est importe 90% de son fioul et jusqu'à 95% de ses engrais chimiques, produits en abondance dans le Golfe.
La flambée des prix de ces deux produits affecte les agriculteurs birmans, qui peinent à faire le plein de leurs motoculteurs pour labourer les champs et à acheter les engrais nécessaires pour renforcer leurs semis à un moment crucial du calendrier agricole.
Le Programme alimentaire mondial de l'ONU avertit qu'utiliser moitié moins d'engrais pourrait entraîner une chute de 15% de la production agricole en Birmanie, où l'insécurité alimentaire est déjà grande.
"Je n'ai jamais connu une période aussi difficile", se lamente Soe Naing, riziculteur de longue date. "Mes champs sont tout ce que j'ai, il n'y a pas d'autre espoir."
- "Aucune volonté" -
A plus de 4.000 kilomètres du détroit d'Ormuz, son confrère Moe Aung subit lui aussi l'impact de la crise mondiale du transport maritime.
Il sème ses graines de riz sur une boue non cultivée et prévoit d'utiliser six fois moins d'engrais que les années précédentes.
"Je le fais seulement parce que je suis propriétaire des terres, mais je n'en ai pas envie", souffle l'agriculteur de 53 ans. "Je n'ai aucune volonté de continuer si cette situation ne prend pas fin."
Le prix d'un sac de 50 kg d'engrais a été multiplié par cinq, avance-t-il, atteignant désormais 200.000 kyats (41 euros).
Acheter des engrais à crédit et payer après la récolte est courant, mais Moe Aung craint que les comptes ne s'équilibrent pas cette année.
"On vivait confortablement avant. On pouvait prendre soin de nos parents, avoir des activités sociales, notre famille était tranquille et heureuse... Ce n'est plus le cas maintenant", regrette-t-il.
La Birmanie a été par le passé le grenier à riz du monde. Elle en était le premier exportateur mondial avant la Seconde Guerre mondiale.
Mais des décennies de conflits et d'instabilité depuis son indépendance, en 1948, ont érodé son secteur agricole.
Les Nations unies estiment que le pays est confronté à une "polycrise" et le conflit au Moyen-Orient est venu aggraver la situation alors même qu'une autre menace se profile à l'horizon.
Les prévisionnistes annoncent en effet pour cette année un épisode particulièrement intense du phénomène climatique El Niño, qui peut provoquer vagues de chaleur et sécheresses en Asie du Sud-Est.
Il pourrait commencer dès les prochains jours et étrangler davantage une profession déjà à bout de souffle.
"Si ça continue comme ça, il n'y aura bientôt plus d'agriculteurs dans ce pays", déplore Su Su Nway, présidente d'un syndicat national. "Nous ne voulons pas que les générations futures se demandent si ces agriculteurs ont vraiment existé un jour."
Nogueira--PC