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"Vive Mao!": 50 ans après sa mort, le père de la Chine populaire inspire encore
Un demi-siècle après sa mort, des fidèles et admirateurs de Mao Tsé-toung se sont rassemblés mercredi dans son village natal, devenu site touristique, pour lui rendre hommage avec portraits, drapeaux et immenses gerbes de fleurs.
Fondateur de la République populaire de Chine en 1949, Mao est décédé le 9 septembre 1976. Son héritage est célébré cette semaine avec ferveur par ceux qui le considèrent toujours comme un dirigeant visionnaire.
Même si certaines de ses politiques sont tenues pour responsables de famines et de millions de morts, la nostalgie de ses idéaux égalitaires et de son affirmation de la souveraineté nationale gagne du terrain dans la Chine d'aujourd'hui.
Des touristes, dont de nombreux étudiants, ont déposé mercredi des couronnes de chrysanthèmes, des bouteilles d'alcool et des cigarettes devant une statue de Mao haute de 10 mètres sur la grande place de Shaoshan, son village natal du Hunan.
Des centaines de visiteurs ont patienté un bon moment pour s'incliner solennellement devant la statue, tandis que d'autres prenaient la pose.
"Je lui voue un profond respect et j'ai été marqué par son esprit", affirme Deng, un touriste de 28 ans.
"J'ai eu une envie soudaine de venir lui rendre hommage. Ce 50e anniversaire, c'est l'occasion d'une vie".
Mardi soir, environ un millier d'admirateurs émus ont organisé une cérémonie devant la statue.
Ils ont brandi des reliques d'une époque révolue : vieux portraits du dirigeant et exemplaires du Petit Livre rouge, le recueil de ses citations omniprésent en Chine durant la Révolution culturelle (1966-1976).
"Vive le président Mao !", a scandé la foule à plusieurs reprises, certains levant le poing et entonnant des chants révolutionnaires.
- Badges et casquettes -
Des bus entiers de touristes sont arrivés mercredi dans le village reculé où Mao est né en 1893.
Les visiteurs ont formé de longues files pour entrer dans la modeste maison familiale, devant les rizières où il travaillait enfant.
"Nous ne devons jamais oublier ceux qui ont creusé le puits dont nous tirons aujourd'hui notre eau", métaphorise Jing Shiming, touriste de 63 ans venu de Shanghai.
Mao et les dirigeants de sa génération " ont transformé la Chine (...), jadis pauvre et à la traîne, en nation prospère et puissante ", ajoute-t-il.
L'ex-dirigeant reste une figure indéboulonnable du Parti communiste chinois.
Son visage est omniprésent : il figure sur les billets de banque, pend au rétroviseur d'automobilistes sous forme de porte-bonheur et son portrait domine la place Tiananmen de Pékin.
A Shaoshan, les échoppes écoulent badges, figurines, casquettes et tee-shirts à son effigie.
"C'était quelqu'un de désintéressé qui a ouvert une nouvelle ère pour la Chine", affirme Ouyang Qianli, gérante d'une boutique âgée de 40 ans.
La période où Mao dirigea la Chine (1949-1976) fut marquée par des dizaines de millions de morts selon les historiens.
D'abord lors de famines entraînées par le Grand Bond en avant - une campagne industrielle et agricole lancée en 1958 - puis durant la Révolution culturelle, mouvement politique qu'il a déclenché en 1966, marqué par les violences et le chaos.
- "Société idéale" -
Si le Parti a reconnu des erreurs, Mao reste présenté dans le récit officiel comme "un grand révolutionnaire prolétarien", un héros ayant redonné son indépendance et sa dignité à la Chine.
Ces dernières années, dans une Chine où la vie quotidienne est devenue plus difficile (logement cher, emploi, coût de l'éducation), a surgi une vague de nostalgie pour l'ère maoïste, pauvre économiquement mais riche en idéaux égalitaires.
Les jeunes d'aujourd'hui "ont la pression dans leur vie quotidienne", souligne Johnny Wei, un touriste de 30 ans.
"Cela les pousse à réfléchir sur la société et à chercher des réponses dans le passé".
Quid des pages sombres du maoïsme ?
"Peut-être que maintenant que notre qualité de vie s'est améliorée, sans le vouloir, on laisse les mauvais souvenirs de côté", note Ouyang Qianli.
Devant la statue de Mao, le jeune Deng juge la Révolution culturelle "controversée".
"Je vois tout cela comme le difficile cheminement du camarade Mao Tsé-toung, qui n'a cessé de chercher une voie pour la Chine".
"Je pense qu'au fond, son ambition était de donner à la Chine une société idéale et plus équitable."
L.E.Campos--PC