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Kari Lake, la meilleure apprentie de Donald Trump
Elle martèle sans aucune preuve que Joe Biden est illégitime, promet de changer le système électoral et tape inlassablement sur les "fake news": en Arizona, Kari Lake, la candidate républicaine au poste de gouverneur, s'est imposée comme la meilleure apprentie de Donald Trump.
Comme l'ex-président américain, longtemps star de télé-réalité, cette ancienne présentatrice du journal sur l'antenne locale de Fox News a transformé sa notoriété audiovisuelle en capital politique.
Loin des prompteurs, son discours est parfaitement rodé à l'approche des élections de mi-mandat du 8 novembre.
"Nous nous rassemblons ici (...) pour nous assurer de reprendre notre pays", lance-t-elle, dans une église évangélique pleine à craquer de Scottsdale, en banlieue de Phoenix.
Immigration, criminalité, déclin, élection soi-disant truquée de 2020... Sous le slogan "Arizona First", cette ex-journaliste qui revendique le sobriquet de "Trump en jupon" dont l'a affublé la gauche, reprend tous les thèmes de son mentor et "ami".
Coupe courte impeccable et croix ostensiblement pendue autour du cou, cette mère de deux enfants cultive une image de rebelle touchée par la grâce, qui a abandonné les "médias corrompus" début 2021 afin de lutter pour l'âme de l'Amérique dans cet Etat clé du sud-ouest.
"Je ne prends pas mes ordres des +fake news+", raille la candidate de 53 ans, en pointant les journalistes qui couvrent sa campagne sous les quolibets.
- Coqueluche MAGA -
Incessantes, ses saillies envers la presse sont systématiquement filmées par son mari, chargé de les compiler sur les réseaux sociaux. Une stratégie qui la rend immensément populaire auprès de la base républicaine.
"Elle a quitté une carrière de trente ans pour servir le peuple d'Arizona, c'est quelque chose", admire John Mendibles, 60 ans. Directeur d'une organisation d'anciens militaires, il se fiche des anciennes affinités démocrates de la candidate, qui a contribué financièrement aux campagnes de Barack Obama et John Kerry.
"Elle est authentique", confie à l'AFP Barbara Jo Glabman, une sexagénaire pro-avortement, qui a voté pour elle par courrier malgré l'opposition de l'ex-journaliste à l'IVG. "Je crois à tout ce qu'elle veut. (...) Elle est contre l'éducation +woke+ dans les écoles, elle veut construire le mur" à la frontière avec le Mexique.
Kari Lake est "le nouveau visage des républicains MAGA" (la mouvance "Make America Great Again" de Donald Trump), résume Gina Woodall, politologue à l'université d'Etat d'Arizona. Cette fille d'enseignant et d'infirmière, benjamine d'une fratrie de neuf enfants élevée dans l'Iowa rural, "assoit le trumpisme comme mouvement dominant. (...) Elle le fait passer pour moins extrême grâce à sa manière de parler".
D'une voix suave mais ferme, l'ex-présentatrice anti-masques assure ainsi sans ciller que le vaccin contre le Covid-19 est une "piqûre expérimentale" et promet de "se débarrasser des failles permettant de tricher" lors des élections.
En août, elle qualifiait encore Joe Biden, qui a remporté la présidentielle d'à peine 10.000 voix en Arizona, d'"idiot illégitime à la Maison Blanche" dans un entretien au New York Times. Malgré les différents audits confirmant sa victoire, elle assure qu'en tant que gouverneure, elle n'aurait pas certifié son élection.
- "Menace pour la démocratie" -
Une radicalité qui lui vaut d'être qualifiée de "menace pour la démocratie" par une large partie de la presse américaine, qui l'imagine déjà comme possible vice-présidente de Donald Trump en 2024.
En Arizona, son ancien entourage reste encore stupéfait par sa fervente conversion.
"C'est du théâtre politique. (...) Kari Lake, la guerrière chrétienne, c'est un relooking", veut croire Richard Stevens, un drag queen de la ville de Phoenix qui l'a côtoyée pendant plus de 20 ans.
Connu sous le nom de scène Barbra Seville, le quadragénaire a publié des photos cet été pour révéler leur amitié, après un tweet anti-LGBT de la candidate, qu'il dénonce comme une "dangereuse hypocrite".
"J'ignore si elle croit vraiment que Trump a gagné l'élection (de 2020), ou bien si c'est juste une posture pour devenir gouverneure. (...) Cela reste un mystère pour moi", glisse à l'AFP Steve Krafft, ex-reporter politique de Fox 10, qui a travaillé avec elle durant l'essentiel de sa carrière.
Parti de la chaîne en 2019, il se souvient d'une "fan de Barack Obama" qui affichait en coulisses des opinions "de centre gauche" et maintenait une présence assidue sur les réseaux sociaux. Avant de multiplier les publications incendiaires à partir de 2018, lorsqu'elle a notamment accusé les professeurs grévistes d'Arizona de vouloir contribuer à légaliser le cannabis.
"C'est à ce moment-là qu'elle a commencé à se plaindre de notre couverture +trop dure+ des républicains", retrace-t-il.
La nouvelle Kari Lake se montre elle peu encline à l'introspection. "Beaucoup de gens ont changé d'opinions, et 10 millions d'électeurs d'Obama ont voté pour le président Trump", balaie-t-elle lorsque l'AFP la questionne.
Comme son mentor, elle préfère ridiculiser son opposante démocrate Katie Hobbs, "trop lâche" pour débattre avec elle et qui lui offre un boulevard pour conquérir l'Arizona: donnée perdante tout l'été, la républicaine a rattrapé son retard et mène désormais d'une courte tête, selon l'agrégateur de sondages FiveThirtyEight.
V.F.Barreira--PC