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Avec Artémis 2, la revanche d'un pionnier noir de l'exploration spatiale
Avec Artémis 2, la revanche d'un pionnier noir de l'exploration spatiale / Photo: HANDOUT - BLUE ORIGIN/AFP/Archives

Avec Artémis 2, la revanche d'un pionnier noir de l'exploration spatiale

Premier candidat astronaute noir dans les années 1960, Ed Dwight fut privé de la Lune, un rêve manqué qu'il compte aujourd'hui vivre à travers les yeux de Victor Glover, pilote de la mission Artémis 2.

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Cet astronaute confirmé de 49 ans doit devenir mercredi, au plus tôt, le premier Afro-Américain et la première personne de couleur à embarquer dans un vol lunaire.

Un accomplissement auquel Ed Dwight, aujourd'hui âgé de 92 ans, n'est pas étranger: après avoir ouvert la voie il y a plus d'un demi-siècle à la diversification du corps des astronautes, il a été l'un des mentors de M. Glover.

"Je l'ai rencontré quand il avait 15 ans lors d'un évènement au cours duquel on encourageait de jeunes garçons noirs à devenir pilote", retrace-t-il lors d'un appel vidéo avec l'AFP. "Jamais de la vie je n'aurais alors imaginé qu'il me prendrait au mot et irait jusqu'à la Lune", poursuit-il dans un grand sourire. "Je suis extrêmement fier".

A travers le parcours de Victor Glover, avec lequel il a lié une amitié au fil des années, c'est une sorte de revanche qu'il prend sur la vie, et la Nasa. "Je revis mes 92 années à travers lui", confie-t-il.

- "Complètement fou" -

En 1961, en plein mouvement des droits civiques et alors qu'il est pilote dans l'armée de l'air américaine, il est invité à rejoindre un programme de formation destiné à faire de lui le premier astronaute afro-américain.

"Il s'avère que le président Kennedy avait besoin du soutien des Noirs, mais qu'il ne savait pas comment s'y prendre pour l'obtenir", explique Ed Dwight. "On lui a suggéré que s'il nommait un astronaute noir, cela lui garantirait le vote des Noirs".

Ce choix provoque immédiatement une levée de bouclier. "Ils disaient que je n'y arriverais pas, que je ne tiendrais pas le coup et qu'au bout de six semaines, je serais éliminé", se remémore-t-il, relatant les attaques racistes et l'isolement qu'il subit alors.

"C'était complètement fou, tout ce que j'ai dû endurer et affronter, toutes ces critiques selon lesquelles les Noirs étaient trop ignorants et inaptes", se souvient-il.

Tenant bon, il finit par se "classer devant dix gars blancs". Mais en 1963, le président JFK est assassiné à Dallas, un drame qui sonne la fin de ses rêves d'espace. A l'époque, les gens lui répéteront que l'Amérique n'était pas prête à avoir un astronaute noir et qu'il arrivait "20 ans trop tôt".

Il faudra en effet attendre 1983 pour que la Nasa fasse voler un premier Afro-Américain, Guion Bluford, trois ans après que l'Union soviétique ait envoyé la première personne de couleur dans l'espace, le Cubain Arnaldo Tamayo Mendez.

Et en 2024, Ed Dwight parvient à rejoindre enfin l'espace à bord d'un vol de tourisme spatial de Blue Origin, l'entreprise du multimilliardaire Jeff Bezos.

- "Un véritable héros" -

Si le corps des astronautes s'est largement diversifié depuis son époque, la présence de Victor Glover ainsi que d'une femme, Christina Koch, dans le vol lunaire Artémis 2 n'en demeure pas moins une première et une étape importante en matière de représentation, d'autant qu'elle survient au milieu d'attaques de l'administration Trump contre les politiques de diversité.

Depuis son retour au pouvoir, le républicain a fait supprimer du site internet de la Nasa l'engagement à envoyer dans les années à venir la première femme et la première personne de couleur sur la surface lunaire, jetant le doute sur la composition des futurs équipages des missions Artémis, pas encore été annoncés.

"Je suis attristé et très déçu par l'Amérique", articule avec gravité Ed Dwight. "Comment avons-nous pu devenir un pays où l'on élit quelqu'un qui s'empresse de supprimer toutes les contributions des Noirs et des femmes à l'histoire?". C'est "une tragédie absolue. C'est comme si je n'avais jamais existé".

Refusant de céder au pessimisme, le nonagénaire se rattache à l'exemple montré par Victor Glover. "C'est un véritable héros américain", lance-t-il.

Et d'insister: "il restera dans l'histoire quoi qu'il arrive. Et il sera au même rang que Neil Armstrong (...) Il a tout accompli, et personne ne pourra lui enlever cela".

R.Veloso--PC