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A Berlin, la colère des habitants victimes d'une coupure d'électricité
Sans électricité ni chauffage pour le troisième jour de suite, alors que Berlin connaît des températures glaciales: les habitants du secteur de la capitale allemande victimes d'un incendie criminel, revendiqué par un groupe d'extrême gauche, font part de leur colère.
La coupure d'électricité massive a également relancé le débat sur la résilience des infrastructures allemandes face à de récentes attaques, derrière lesquelles beaucoup voient la main de la Russie.
Rencontrée lundi par l'AFP à la mairie de Zehlendorf, transformé en centre d'hébergement d'urgence, Jutta Herter est "tout simplement furieuse" contre les auteurs de l'incendie, survenu tôt samedi, de quinze câbles électriques sur un pont près d'une centrale électrique.
Rapidement maîtrisé, il a tout de même laissé 45.000 foyers et 2.200 locaux commerciaux de ce secteur huppé du sud-ouest de la ville - enneigée - sans électricité.
Mais aussi, pour beaucoup d'entre eux, sans eau chaude ni chauffage. Car la coupure affecte aussi le réseau local de chauffage urbain - qui transporte la chaleur via un réseau de canalisations - qui fonctionne à l'électricité.
Jutta Herter, une retraitée de 77 ans, et son mari ont donc allumé un feu dans leur chambre, heureusement dotée d'une cheminée.
Mais cela n'a fait grimper la température qu'à 13°C, tandis que dans d'autres, "il ne fait que 8°C", explique-t-elle.
Le couple a donc trouvé refuge dans la mairie du quartier, où plusieurs dizaines de lits de camp ont été installés. Autour d'eux, d'autres habitants sont venus chercher, outre la chaleur et des boissons chaudes, un accès à l'électricité pour recharger téléphones et ordinateurs.
Des amis ont bien proposé de les héberger, mais le couple âgé a choisi de rester près son domicile pour y empêcher un éventuel gel des canalisations.
"On se demande qui sont ces gens, ce qu'ils ressentent", dit-elle à propos des auteurs d'un acte "inimaginable" et "incompréhensible".
- "Vulnérables" -
L'attaque a été revendiquée en ligne par le groupe d'extrême gauche "Vulkangruppe" (Groupe Volcan) qui a dit vouloir viser "l'économie des combustibles fossiles".
Elle rappelle une attaque similaire revendiquée par un groupe anarchiste en septembre, lorsque des pylônes électriques avaient pris feu, provoquant une coupure affectant des dizaines de milliers d'habitants de Berlin, cette fois-là dans le sud-est.
Le renseignement intérieur allemand "analyse actuellement" l'authenticité de la lettre de revendication, a indiqué lundi une porte-parole du ministère de l'Intérieur.
Cette attaque survient dans un contexte d'accusations croissantes de l'Allemagne, soutien majeur de l'Ukraine, envers la Russie pour ses "attaques hybrides", allant de survols de drones à la désinformation en ligne.
Une option envisageable pour le député conservateur Roderich Kiesewetter, expert des questions de sécurité, qui a rappelé sur Welt TV qu'en septembre déjà, "on avait évoqué la possibilité que la Russie soit derrière" l'incident.
Selon lui, la longue lettre de revendication du Groupe Volcan contient un indice: "une rétrotraduction en russe offre une bien meilleure expression que l'allemand bancal qu'on lit là".
"Autrement dit, soit l'extrême gauche ne maîtrise pas correctement l'allemand, soit elle se fait dicter quoi dire", a-t-il ajouté, jugeant que "rien ne peut être exclu" dans l'affaire.
- Seniors transférés -
L'incident montre en tout cas "une fois de plus" que "nos infrastructures critiques sont vulnérables", a reconnu lors d'une conférence de presse le maire de Berlin Kai Wegner.
Epaulés par l'armée et des associations caritatives, les services d'urgence de Berlin secourent depuis samedi les personnes touchées dans le district de Steglitz-Zehlendorf.
En priorité les résidents d'établissements pour personnes âgées, transférés vers des hébergements chauffés.
Plusieurs hôtels, écoles et centres sportifs ont également été transformés en centres d'hébergement d'urgence.
Environ 14.500 foyers avaient été reconnectés au réseau lundi à la mi-journée, selon les autorités locales, mais le courant ne devrait pas être entièrement rétabli avant jeudi.
A la mairie, Philipp Pasemann, 32 ans, rechargeait son téléphone, emmitouflé dans un manteau épais et un bonnet.
Ce fonctionnaire a réussi à dormir chez lui à Zehlendorf, jusqu'à présent. Malgré l'absence de chauffage, d'eau chaude, d'électricité et de lumière, ses volets électriques ne pouvant plus être relevés.
"Il fait très froid, mais j'ai plusieurs couvertures, des chaussettes et des trucs comme ça, donc ça va encore", a-t-il résumé à l'AFP.
M. Pasemann a aussi dit à son colocataire, qui devait rentrer ce lundi, "qu'il ferait mieux d'attendre quelques jours de plus".
H.Portela--PC