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Incendie en Suisse: le propriétaire du bar auditionné par les avocats des parties civiles
Le propriétaire français du bar incendié la nuit du nouvel an dans la station de ski suisse de Crans-Montana est auditionné mercredi par les nombreux avocats des parties civiles, alors que plusieurs zones d'ombre persistent, notamment sur les contrôles incendie.
"J'espère que des réponses vont être données. On espère pouvoir mieux comprendre ce qui s'est passé et établir les responsabilités", a déclaré aux journalistes Me Nicolas Mattenberger, avocat de familles de victimes, à son arrivée.
Ce tragique incendie, survenu la nuit du Nouvel an, a fait 41 morts et 115 blessés, principalement des adolescents et de jeunes adultes, dont des Français et des Italiens.
Leila Micheloud, dont deux filles ont été blessées dans l'incendie, a tenu à assister à l'audition de Jacques Moretti, le propriétaire du bar, mercredi.
"C'est un chemin de guérison. On attend des réponses, la vérité, qu'ils disent la vérité, on ne demande rien de plus", a-t-elle déclaré aux journalistes.
"On est dans une bataille. Je dois être là (...). Je n'appréhende pas le moment, vous savez quand vous avez deux de vos enfants qui ont failli mourir, vous n'avez peur de rien", a-t-elle ajouté.
Jacques Moretti est arrivé main dans la main avec son épouse Jessica, peu avant le début de son audition à 9h30 (08h30GMT) à Sion. Ils n'ont pas fait de déclaration.
Mme Moretti, également propriétaire du bar Le Constellation, doit de son côté être auditionnée jeudi.
- "Audition cruciale" -
Ces deux jours "ont pour objectif de permettre aux avocats des parties civiles de poser les questions qu'ils n'ont pas pu poser" lors des précédentes auditions, a indiqué le ministère public valaisan lundi.
"C'est la première fois qu'ils (les Moretti) pourront leur adresser directement des mots. Ils sont dans l'empathie mais en même temps ils sont isolés. C'est très dur aussi pour eux de ne pas pouvoir s'exprimer directement puisque l'épreuve judiciaire impose qu'il n'y ait pas de contact", a déclaré l'avocate du couple, Me Yaël Hayat, en arrivant.
"L'audition d'aujourd'hui est cruciale" car "nous attendons des réponses importantes" sur la sécurité mais aussi sur "le nombre de personnes présentes" dans le bar au moment du drame et sur "la vente d'alcool aux mineurs", a expliqué Me Fabrizio Ventimiglia, avocat italien de parties civiles.
M. Moretti avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, puis libéré le 23 après le paiement d'une caution, et placé comme son épouse sous mesures de contrainte.
L'enquête dirigée contre le couple "pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence" a été depuis étendue à l'actuel responsable du service de sécurité de Crans-Montana et à son prédécesseur, qui a quitté son poste en 2024.
Les deux responsables ont été entendus respectivement le 6 février et le 9 février. Leur auditions ont été interrompues au bout de 12 heures et reprendront à des dates ultérieures encore inconnues.
Ces auditions ont "permis de comprendre le fonctionnement des contrôles, mais il y a effectivement encore de nombreuses questions qui se posent", a commenté mercredi Me Mattenberger.
- Des dizaines d'avocats -
Jusqu'à présent, "chacun essaie de reporter la faute sur les autres", a déploré Me Didier Elsig, qui représente plusieurs familles de victimes. "Mais l'enquête va progresser et on y arrivera".
L'incendie a été provoqué selon l'enquête par les étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l'établissement.
L'enquête doit lever le voile sur les circonstances exactes de l'incendie, le respect des normes de sécurité par les propriétaires et les responsabilités, la commune de Crans-Montana ayant déjà reconnu l'absence de contrôles incendie dans le bar depuis 2019 alors qu'ils doivent être effectués tous les ans.
L'enquête s'annonce longue. Selon le ministère public valaisan, depuis le 1er janvier, une cinquantaine d'ordonnances et de mandats ont été émis, plus d'une dizaine d'auditions ont été menées et plusieurs commissions rogatoires internationales ont été requises.
Le dossier "comprend près de 2.000 pages et comporte plus de 8.500 pièces physiques. 263 parties civiles sont annoncées et représentées par 74 avocats", a-t-il indiqué lundi.
Par ailleurs, une demande de récusation a été adressée au ministère public le 6 février, visant la procureure générale, son adjointe et les procureures actuellement en charge de l'instruction ainsi que contre la procureure de permanence qui, le 1er janvier, a pris les premières mesures d'urgence. Aucune décision n'a encore été prise à cet égard.
E.Borba--PC