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L'aide à mourir plus utilisée par les plus pauvres? Une idée non soutenue par les études disponibles
La crainte que l'aide à mourir soit davantage utilisée par les plus modestes, en raison de leur fragilité économique, est un argument récurrent des opposants à la proposition de loi qui doit faire l'objet d'un vote le 30 juin à l'Assemblée nationale.
Mais il n'est pas corroboré par les quelques études menées à l'étranger et des chercheurs interrogés par l'AFP.
"Dans les pays qui ont légalisé, les populations les plus pauvres sont sur-représentées parmi ceux qui y ont recours", a affirmé la députée de Vendée Véronique Besse (divers droite) le 22 juin lors des débats à l'Assemblée, se disant "choquée" par le soutien de la gauche au texte.
L'argument est régulièrement avancé, notamment par des députés de droite et d'extrême droite, qui font référence aux pays où existent déjà des dispositifs d'aide médicale à mourir (AMM).
"Dans l'Oregon, la première année de l'application de la loi (entrée en vigueur en 1997, NDLR), 65% des bénéficiaires avaient une assurance privée qu'ils payaient. Aujourd’hui ils ne sont plus que 20%: c’est la preuve que les plus pauvres recourent plus à la mort assistée", a ainsi fait valoir le député et médecin Philippe Juvin (Les Républicains).
Mais si la part de titulaires d'une assurance de santé privée a effectivement baissé entre 1998 et 2022 parmi les bénéficiaires de l'aide à mourir dans l'Oregon, cela ne démontre pas que ces derniers ont tendance à être plus pauvres.
Les chiffres cités par M. Juvin proviennent d'une étude publiée dans la revue médicale British medical journal (BMJ) dont les auteurs soulignent eux-mêmes les limites. Des études manquent "pour examiner la relation entre les facteurs socioéconomiques et le désir d’une aide à mourir en Oregon", y soulignent-ils.
- Indicateur de richesse -
"Utiliser la possession d’une assurance comme indicateur de richesse n’a pas vraiment de sens dans notre pays ", où la quasi-totalité des plus de 65 ans disposent d'une couverture publique, souligne Elissa Kozlov, maîtresse de conférence et directrice du vieillissement de la population à la Rutgers school of public health, interrogée par l'AFP en février.
"Dans notre pays, le niveau d'éducation est un meilleur indicateur de richesse que le statut d'assuré", estime-t-elle.
La chercheuse est coautrice d'une étude parue en 2022 portant sur neuf Etats américains et montrant que les bénéficiaires de l'aide à mourir sont majoritairement des personnes blanches, âgées, atteintes de cancer et disposant d’un niveau d’éducation élevé.
Sur plus de 5.000 cas étudiés entre 1998 et 2020, plus de 70 % des patients avaient suivi des études supérieures.
Quant à l'étude citée par le député, portant sur l'Oregon, elle précise aussi que les bénéficiaires de l'AMM avancent comme motivations principales la perte d'autonomie (91%) ou la dégradation de la qualité de vie (90%), et dans de plus rares cas des préoccupations financières (environ 8 %).
- Capital culturel important -
Concernant le Canada, où l’AMM est légale depuis 2016, un rapport fédéral de 2025 conclut que les personnes ayant recours à l’aide à mourir "ne proviennent pas de manière disproportionnée de communautés à faible revenu ou défavorisées".
En Suisse et en Belgique, autres pays où l'AMM est autorisée, plusieurs études vont dans le même sens.
Une étude portant sur la période de 2003 à 2014 en Suisse, et publiée par la revue médicale BMJ, cite plusieurs facteurs associés au suicide assisté, à savoir "un niveau d'études supérieur" et "le fait de vivre dans un quartier à indice socio-économique élevé".
En Belgique, "les données empiriques ne confirment pas" l'argument selon lequel légaliser l'aide à mourir pourrait exercer un impact disproportionné sur les personnes défavorisées et "semblent même indiquer le contraire", assure à l'AFP Joachim Cohen, professeur de santé publique et de soins palliatifs en Belgique.
Selon lui, cela s'explique par les ressources nécessaires pour y accéder, notamment un capital culturel (connaissance du système de santé) et social (réseaux) important.
Il nuance toutefois: des préoccupations financières peuvent dans certains contextes jouer un rôle, mais il ne faut pas "présumer a priori que ce seront les raisons principales".
J.Oliveira--PC