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Café avec vue: le Starbucks qui surplombe la Corée du Nord attire les foules
Le contraste est des plus saisissants: des clients sirotent un café chez Starbucks, symbole de la mondialisation et du capitalisme, tout en contemplant la Corée du Nord communiste, la nation la plus recluse au monde.
Bienvenue au Starbucks d'Aegibong, à Gimpo, en Corée du Sud. Situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale Séoul, ce lieu semble à des années-lumière de son hermétique voisin du Nord, juste de l'autre côté du fleuve Han, à moins de deux kilomètres.
Perché sur une colline, en dessous de l'observatoire de l'Ecoparc de la Paix d'Aegibong où des télescopes permettent de scruter l'autre côté de la frontière, le café a attiré des dizaines de milliers de visiteurs sud-coréens et étrangers depuis son ouverture en novembre 2024.
Kim Jong-hyun, habitant de San Diego qui visite la Corée du Sud en famille, confie que c'est précisément ce contraste qui l'a mené là.
"Quand j'ai entendu dire qu'il y avait un Starbucks ici, je me suis dit que je devais absolument venir voir ça de mes yeux. C'est assez insolite", explique-t-il à l'AFP.
Pour accéder au parc qui abrite le café, les clients doivent réserver à l'avance. Une navette les récupère, et ils doivent franchir un poste de contrôle militaire gardé par des soldats sud-coréens armés.
Le trajet fait partie de l'expérience: il faut ensuite parcourir à pied les derniers mètres aux confins du territoire sud-coréen, le regard vers les paysages agricoles et montagneux du pays voisin, dirigé par Kim Jong Un, qui cherche à verrouiller totalement son image.
Très peu de journalistes ou de touristes étrangers peuvent entrer en Corée du Nord. Et toujours dans des conditions extrêmement strictes.
Corée du Nord et du Sud sont toujours techniquement en guerre, car leur conflit de 1950-1953 s'est achevé par un armistice et non par un traité de paix.
Elles sont séparées par une zone dite "démilitarisée", le long de la frontière.
- "Autre envergure" -
La vue qu'offre ce point d'observation illustre "deux extrêmes totalement opposés", pour James Seymour, touriste irlandais rencontré par l'AFP.
"Nous venons de Belfast et nous sommes en quelque sorte habitués à la guerre", avance-t-il en référence au conflit armé qu'a connu l'Irlande du Nord jusqu'à l'accord de 1998 avec le gouvernement britannique.
Mais siroter un café Starbucks au bord de la frontière tout en contemplant les immeubles bas de la Corée du Nord, c'est "d'une toute autre envergure".
"On ne peut pas faire plus américain que Starbucks, et on ne peut pas être plus éloigné de l'Amérique que la Corée du Nord", remarque-t-il.
Le nombre de visiteurs à l'Ecoparc de la Paix d'Aegibong a plus que doublé depuis l'ouverture du Starbucks, selon des données de la direction du parc.
En 2025, le nombre de visiteurs étrangers a bondi de 275% par rapport à l'année précédente pour atteindre 56.829 personnes, dont un tiers étaient des touristes chinois, la part la plus importante.
L'augmentation est "entièrement attribuable au Starbucks", observe pour l'AFP Lee Chun-woo, de la Fondation culturelle de Gimpo, qui supervise le parc.
Avec plus de 2.000 enseignes, la Corée du Sud constitue le troisième marché de Starbucks après les États-Unis et la Chine.
La marque au logo vert a toutefois récemment suscité un énorme tollé en Corée du Sud en raison d'une campagne publicitaire qui évoquait la répression mortelle du soulèvement prodémocratie de 1980.
L'exploitant de Starbucks en Corée du Sud, Shinsegae Group, a limogé son directeur général Corée, et son président, Chung Yong-jin, a présenté ses excuses.
- "Mort au communisme" -
Cet emplacement frontalier unique, Starbucks Corée assure l'avoir choisi pour le "confluent pittoresque des fleuves Han et Imjin", qui offre aux visiteurs un "lieu unique pour se détendre au milieu de la nature".
Dans un communiqué adressé à l'AFP, l'entreprise n'a pas mentionné la proximité de son établissement avec la Corée du Nord.
Dans plusieurs publications Instagram qu'il a depuis toutes supprimées, Chung Yong-jin, président de Shinsegae, a utilisé à plusieurs reprises l'expression "Mort au communisme".
"Chaque fois que la Corée du Nord tirait des missiles, les investisseurs retiraient leur argent", a-t-il déclaré dans un message publié en 2022 sur les réseaux sociaux pour justifier ses propos.
Et il s'est décrit comme "un chef d'entreprise et un citoyen sud-coréen qui vit avec l'incertitude quotidienne de ne pas savoir quand un missile pourrait frapper" son pays.
"Pour certains, +Mort au communisme+ est un slogan politique. Pour moi, c'est la réalité", avait encore déclaré Chung Yong-jin.
P.Mira--PC