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Budget : Lecornu choisit le 49.3 avec "amertume"
"Semi-succès", "semi-échec", Sébastien Lecornu s'est résigné lundi à passer par le 49.3 pour faire adopter sans vote le budget de l'Etat à l'Assemblée nationale, espérant échapper aux motions de censure grâce aux concessions faites aux socialistes.
Quelques mois après y avoir renoncé pour éviter une censure de ces mêmes députés socialistes, le chef du gouvernement a officialisé, avec "regret" et "un peu d'amertume", le recours dès "mardi" à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.
"Tout le monde en arrive à la conclusion qu'on va dans une impasse", a argué le chef du gouvernement après un conseil des ministres à l'Elysée, alors que le budget n'avait plus aucune chance d'être adopté par un vote du Parlement.
Selon le calendrier retenu, un budget définitif pourrait alors être promulgué autour de la mi-février...
- "Stabilité" -
Après plus de quatre mois de joutes parlementaires, la France aura enfin une loi de finances. Mais c'est aussi un revers sur la forme pour Sébastien Lecornu, contraint de se dédire et de passer en force.
Il a lui-même reconnu un "semi-échec", mais vanté un "semi-succès", rappelant que le budget de la Sécurité sociale avait pu être approuvé à l'issue d'une procédure parlementaire classique. "Je suis obligé de revenir sur ma parole, mais en même temps, pour tenir parole, il faudrait que je m'entête", a-t-il justifié.
Il a reçu le soutien du président Emmanuel Macron, qui en conseil des ministres a jugé que le compromis permettrait la "stabilité, et "au pays d'avancer", a rapporté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
A contrario la présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, avait déjà prévenu que ses députés déposeraient en retour une motion de censure du gouvernement, contre "un budget de malheur".
Marine Le Pen, cheffe des députés du Rassemblement national, a elle dénoncé "des annonces irresponsables pour acheter le PS au mépris de l'intérêt national", et annoncé une autre motion de censure.
Et les écologistes "n'ont aucune raison de ne pas censurer", a annoncé leur patronne Marine Tondelier.
Pour faire passer le budget de l'Etat, le Premier ministre compte dès lors sur l'abstention des socialistes, qui semble bien partie pour se concrétiser. Le groupe de 69 députés, qui détient une bonne partie des clés de la censure, s'est montré satisfait des annonces gouvernementales.
Celles-ci permettent "d'envisager une non-censure", a confirmé le chef des députés PS, Boris Vallaud. "Si ce qui a été indiqué s'y retrouve normalement, il n'y aura pas de censure", a abondé lundi le député socialiste Jérôme Guedj.
- "Déclin" -
Les vœux du PS ont en effet été exaucés sur le pouvoir d'achat, avec une hausse de la prime d'activité, mais également sur la jeunesse, avec les repas à un euro pour les étudiants, une hausse des moyens des bailleurs sociaux et du fonds vert...
Pour Eric Coquerel, président LFI de la commission des Finances, ce sont "des petits cailloux autour d'un gigantesque volume de baisses et de coupes budgétaires (...) de plus de 20 milliards".
La proposition PS de surtaxe sur les bénéfices de 300 grandes entreprises a aussi été retenue in fine, pour un rendement de 8 milliards d'euros en 2026, comme en 2025.
Pour contenir le déficit public à 5% du PIB maximum, un engagement pris "sincèrement", a répété Sébastien Lecornu, sans augmenter la fiscalité des ménages, la taxation des grandes entreprises a fait office de variable d'ajustement.
Reste que les concessions faites au PS irritent les parlementaires du bloc central et de la droite.
"Le budget proposé par le gouvernement reprend tous les ingrédients socialistes qui ont conduit au déclin de la France: plus de dépenses et plus d'impôts qui pèsent et découragent ceux qui produisent", a vertement critiqué lundi le patron des Républicains, Bruno Retailleau.
"C'est une évidence, c'est un budget très imparfait", a abondé Laurent Wauquiez, patron des députés LR qui ne devraient pas pour autant voter la censure.
Une source au sein du groupe macroniste déplore elle un "gouvernement tenu par une poignée de députés socialistes".
Au cours d'une conférence de presse, Sébastien Lecornu a assuré avoir répondu aux demandes de Gabriel Attal, le chef de Renaissance, et de Laurent Wauquiez, en renonçant à toucher respectivement aux allègements de charges des entreprises, et en indexant le barème de l'impôt sur le revenu pour suivre l'inflation.
ama-far-sl-sac/hr/bfi
V.Dantas--PC