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A Bombay, "l'école du feu rouge" s'adapte aux enfants des rues
Une rangée de conteneurs métalliques multicolores sous un pont de Bombay, drôle d'endroit pour une école. C'est pourtant là qu'une association a décidé d'offrir une éducation aux enfants défavorisés de la mégapole indienne, au milieu des rues où ils vivent.
"Ces enfants ne peuvent pas fréquenter une classe (classique)", explique Bhatu Sawant, 45 ans, fondateur de la "Signal Shala", littéralement "l'école du feu rouge". "Alors je me suis dit qu'il fallait faire venir la classe à eux".
Issus des populations les plus défavorisées de la deuxième ville d'Inde, ces gamins passent le plus clair de leur journée ici, au pied des gratte-ciels, à essayer de grappiller quelques pièces en échange de babioles auprès des automobilistes arrêtés aux carrefours.
Même si les lois du pays le plus peuplé de la planète - près d'un milliard et demi d'habitants - garantissent une éducation gratuite à tous ses enfants de 6 à 14 ans, la pauvreté persiste à en priver certains.
L'absence de scolarisation touche particulièrement les villes où se pressent les ruraux en quête de petits boulots informels, qui fournissent les trois-quarts des emplois indiens.
Les statistiques du gouvernement pour l'année 2024-2025 évaluent à près de 1,2 million le nombre d'Indiens en âge de fréquenter le primaire "hors de l'école", une catégorie fourre-tout qui regroupe aussi bien ceux qui l'ont quittée que ceux qui n'y ont jamais mis les pieds.
Les établissements publics "ne sont pas assez flexibles pour accueillir ces enfants", relève Bhatu Sawant, et les écoles privées restent hors de portée financière.
"L'école du feu rouge" accueille ses élèves dans des conteneurs aménagés, sur fonds publics, en salles de cours alignées sous un pont autoroutier, dans le bruit assourdissant des pétarades et des klaxons.
Chaque matin, ses bus jaunes sillonnent les bidonvilles de Bombay pour y récupérer gratuitement les enfants. Sitôt déposés, la majorité commence sa journée par une bonne douche, inaccessible pour la plupart.
- "Comme l'élite" -
L'établissement offre aussi trois repas par jour et des casiers pour mettre à l'abri livres et uniformes.
Les classes sont formées selon les capacités des élèves plutôt que leurs âges. L'enseignement qui leur est dispensé déborde les matières académiques pour insister sur le savoir-être: de l'art de rester assis à celui de l'élocution ou de la concentration.
Des habitudes particulièrement difficiles à acquérir pour les enfants de la communauté semi-nomade des Pardhi, qui ne parlent pas la langue locale.
"Quand ils arrivent, ils ne connaissent pas les jours de la semaine, ni les 12 mois de l'année ou les saisons", explique une enseignante, Tejasvi Borade. "Ca veut dire qu'au-delà des connaissances puisées dans les livres, ils doivent aussi acquérir celles de la vie quotidienne".
Mais elle l'assure et s'en réjouit, tous intègrent vite la routine scolaire et ses bénéfices.
"Je suis très content quand je vois le bus de l'école arriver", assure Pooja Pawar, 12 ans, dont les deux parents vendent leurs services tous les jours sur les chantiers de la ville. "L'uniforme est chouette, le petit-déjeuner très bon (...) on peut même faire des gâteaux et danser".
Et comme toutes les écoles, celle-ci nourrit aussi les rêves d'avenir. "Je veux devenir médecin", lâche timidement Balaji Laxman, 12 ans, qui vendait il y a peu des mouchoirs à un feu rouge.
A la tête désormais d'un réseau de trois établissements dans Bombay et sa banlieue, Bhatu Sawant insiste, l'égalité des chances est sa priorité absolue.
"Nous devons préparer ces enfants pour le monde du XXIe siècle (...) ils doivent connaître la robotique l'intelligence artificielle, les ordinateurs, et les imprimantes 3D", décline-t-il en évoquant l'équipement offert par ses donateurs, particuliers ou entreprises.
"Ils doivent maîtriser les mêmes savoirs que ceux dans lesquels les enfants de l'élite excellent", conclut-il.
J.V.Jacinto--PC