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Mamadi Doumbouya, le putschiste qui assoit son pouvoir sur la Guinée
Légionnaire, putschiste et désormais président élu: Mamadi Doumbouya a largement remporté mardi soir la présidentielle en Guinée qu'il dirige d'une main de fer depuis un coup d'État en 2021, consacrant son pouvoir par une élection sans opposants d'envergure.
Sans surprise, le chef de la junte a gagné cette élection taillée pour lui avec un score fleuve de 86,72% des voix et une participation de 80,95%, selon des résultats provisoires.
Le général Mamadi Doumbouya légitime désormais son règne sans partage sur la Guinée en remportant la présidentielle du 28 décembre, lui qui garde de bons rapport avec le reste du monde dans un contexte de rétrécissement des libertés dans son pays.
Ce colosse de 41 ans a promis "la paix et la stabilité" aux quelque 13 millions de Guinéens dans son clip de campagne, seule prise de parole du chef de la junte qui n'a fait qu'une brève apparition d'une heure à un meeting au dernier jour de la campagne.
A l'approche de l'élection, ses treillis camouflage et son béret rouge habituels ont laissé place à des tenues civiles lors de ses très rares apparitions publiques, toujours entouré de ses hommes du Groupement des forces spéciales dont il est issu.
En septembre 2021, c'est à la tête de ces forces que le colonel Mamadi Doumbouya prend d'assaut le palais présidentiel et démet le président civil Alpha Condé, au pouvoir depuis près de onze ans.
La prise de pouvoir de ce militaire de carrière est initialement accueillie dans la liesse par la population, après des mois de manifestations durement réprimées contre un troisième mandat de M. Condé.
Le nouvel homme fort de Guinée promet que ni lui, ni aucun membre de la junte ne se présentera à une élection à la fin d'une période de transition qui doit voir le retour des civils au pouvoir.
Depuis, le chef de l'État, colonel auto-promu général, a renoncé à cette promesse et dirige le pays d'une main de fer.
- Répression -
Sous sa présidence, plusieurs partis politiques et médias ont été suspendus, les manifestations ont été interdites en 2022 et sont réprimées, et de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil.
Les nouvelles de disparitions forcées et d'enlèvements se sont multipliés ces dernières années.
Enfermé dans le palais présidentiel Mohammed V à Conakry, face à l'océan Atlantique, la parole de Mamadi Doumbouya est rare. Ce sont son Premier ministre, Amadou Oury Bah, et son porte-parole, Amara Camara, qui ont sillonné le pays en son nom pour faire campagne.
Candidat indépendant à la présidentielle sans rival d'envergure, le général Mamadi Doumbouya était soutenu par un mouvement qui porte ses initiales, GMD : Génération pour la Modernité et le Développement.
Originaire de Kankan (est), Mamadi Doumbouya est issu de l'ethnie malinké, la deuxième du pays.
Sa vie reste tissée de liens avec la France, ancienne puissance coloniale.
Entré à la légion étrangère française en 2002, il y a effectué de nombreuses missions opérationnelles, de l'Afghanistan à la République centrafricaine.
Selon sa biographie officielle, il est titulaire d'un master de défense de l'université parisienne de Panthéon-Assas et a suivi les cours de l'École de guerre en France.
Il est marié à une ancienne gendarme française et père de quatre enfants.
- Stratégie du "ni-ni" -
Une vidéo datant de 2017 montre M. Doumbouya, alors officier de l'armée guinéenne, se plaignant, lors d'une conférence, de ne pas recevoir de munitions "parce que les politiques ont peur qu'on fasse un coup d'État".
Arrivé au pouvoir à l'époque où des juntes souverainistes au Sahel se détournaient de la France et de la Cedeao et se rapprochaient de la Russie, Mamadi Doumbouya a maintenu de bons rapports avec l'ancienne puissance coloniale et a su rester en bon termes avec tous les partenaires internationaux.
Lors d'un ardent discours à la tribune de l'ONU en 2023, M. Doumbouya s'est livré à une justification des coups d'État militaires qui se sont multipliés dans la région, dénonçant un modèle démocratique qui a "été imposé" à l'Afrique. Il y a martelé son non-alignement, se disant "ni anti-américain", "ni anti-russe", "ni anti-français", mais "tout simplement pro-africain".
Cette "stratégie du +ni-ni+ a superbement fonctionné", commente l'analyste politique Kabinet Fofana, directeur du cabinet Les Sondeurs basé à Conakry, qui note que la communauté internationale "essaye de le ménager" pour le "garder comme allié".
Cette dernière salue également l'amélioration des perspectives économiques du pays sous son règne, symbolisée par le lancement de l'exploitation du gigantesque complexe de la mine de fer de Simandou (sud-est).
Nogueira--PC