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En Syrie, troisième nuit d'affrontements entre l'armée et les forces kurdes
L'armée syrienne a pilonné jeudi les quartiers kurdes d'Alep où se poursuivaient les combats en soirée, le chef de cette minorité estimant que la dégradation de la situation dans cette grande ville du nord de la Syrie compromettait les chances d'une entente avec le pouvoir à Damas.
Ces affrontements, qui ont poussé des milliers de Kurdes sur la route, pourraient prendre une dimension régionale, la Turquie se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.
Les commerces, universités et écoles sont restés fermés dans la deuxième ville de Syrie, et la fermeture de l'aéroport a été prolongée jusqu'à vendredi soir. Un couvre-feu a également été décrété dans six quartiers.
Les violences, qui ont fait au moins 21 morts selon un dernier bilan, sont les plus graves dans la ville entre le gouvernement central et les Kurdes, une importante minorité ethnique qui contrôle de vastes étendues dans le nord-est de la Syrie.
Elles surviennent alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l'administration autonome kurde et son bras armé, les puissantes Forces Démocratiques Syriennes (FDS), au sein du nouvel Etat syrien.
"Les tentatives de prise d'assaut des quartiers kurdes, en pleine phase de négociation, sapent les chances de parvenir à une entente", a déploré le chef des FDS Mazloum Abdi.
- "Moments très difficiles" -
L'armée a mené de "violents bombardements" sur les positions des FDS dans les quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud", selon l'agence officielle Sana.
Les autorités avaient accordé trois heures dans la matinée aux civils pour fuir à travers deux "couloirs humanitaires". Selon les autorités, quelque 16.000 personnes ont fui jeudi, après déjà des milliers la veille.
"Nous avons vécu des moments très difficiles, mes enfants étaient terrorisés", a raconté à l'AFP Rana Issa, 43 ans. "Nous sommes partis sous les balles des snipers, beaucoup de gens veulent sortir mais ont peur".
Les combats avaient éclaté mardi, les deux parties se rejetant la responsabilité du début des violences.
- Turquie contre Israël -
"Alep est la zone la plus vulnérable des FDS. Ses quartiers kurdes sont entourés de tous côtés par des territoires contrôlés par le gouvernement", explique l'analyste Aron Lund.
"A moins d'un accord quelconque – même partiel ou temporaire, comme une sortie de crise – il y a un risque que cela dégénère", avertit ce chercheur du centre Century International.
"Un conflit total Damas-FDS à travers le nord de la Syrie, avec une implication potentielle de la Turquie et d'Israël, pourrait être dévastateur pour la stabilité" du pays, ajoute-t-il. Mais "personne ne veut cela" et "les acteurs internationaux, dont les Etats-Unis", pousseront pour un cessez-le-feu.
Washington a dit suivre la situation avec une "vive inquiétude": "nous lançons un appel urgent" à cesser les hostilités, a écrit sur X l'émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack.
Les violences ont exacerbé la rivalité en Syrie entre Israël et la Turquie, qui se livrent une lutte d'influence depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024.
Ankara, allié des autorités syriennes, s'est dit prêt à "soutenir" l'armée dans son "opération antiterroriste" contre les combattants kurdes.
La Turquie, qui possède une frontière de plus de 900 kilomètres avec la Syrie, y a mené entre 2016 et 2019 plusieurs opérations d'envergure contre les forces kurdes.
Israël, qui mène des négociations avec Damas pour parvenir à un accord de sécurité, a condamné les "attaques" du pouvoir syrien contre la minorité kurde d'Alep et fustigé "le silence de la communauté internationale".
A Qamishli, principale ville de la zone autonome kurde dans le nord-est du pays, des centaines de personnes ont manifesté jeudi, selon des correspondants de l'AFP.
"Nous appelons la communauté internationale à intervenir", a lancé Salaheddine Cheikhmous, 61 ans.
En Turquie, plusieurs centaines de personnes se sont également réunies à Diyarbakir, principale ville du sud-est, à majorité kurde, pour dénoncer l'offensive de l'armée syrienne.
A la veille d'une visite prévue à Damas de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'UE a appelé les belligérants à faire preuve de "retenue" et à "protéger les civils".
E.Borba--PC