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Des Iraniens dans les rues de Téhéran malgré le blocage d'internet
Des Iraniens ont défilé dans plusieurs villes dont Téhéran vendredi soir, au treizième jour du plus important mouvement de contestation contre le pouvoir depuis plus de trois ans qui a poussé les autorités de la République islamique à imposer une coupure nationale d'internet.
Malgré la répression, des habitants ont défilé sur plusieurs artères de la capitale, selon une vidéo vérifiée par l'AFP et des images publiées sur les réseaux sociaux malgré le blocage des communications.
Certains frappaient sur des casseroles et scandaient des slogans hostiles au pouvoir, dont "mort à Khamenei", en référence au guide suprême iranien.
Dans ce quartier de Sadatabad, dans le nord-ouest de Téhéran, ils étaient soutenus par un concert de klaxons d'automobilistes, selon la vidéo authentifiée.
D'autres images publiées sur les réseaux sociaux montraient des manifestations similaires ailleurs à Téhéran. Et des chaînes de télévision en persan basées à l'étranger ont diffusé des vidéos de nombreux protestataires à Machhad, dans l'est, à Tabriz, dans le nord, et dans la ville sainte de Qom.
"Il me semble que le peuple est en train de prendre le contrôle de certaines villes, ce que personne n'aurait cru possible il y a encore quelques semaines", a affirmé le président américain Donald Trump, en estimant que l'Iran avait "de gros problèmes".
La veille, il avait de nouveau menacé de "frapper très fort" l'Iran si les autorités réagissaient en tuant des manifestants.
La lauréate du prix Nobel de la Paix 2003, l'avocate iranienne en exil Shirin Ebadi, a dit redouter un "massacre sous le couvert d'un black-out total", alors que la connectivité est réduite à 1% de son niveau habituel selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.
La coupure d'internet "n'est pas un problème technique en Iran, c'est une tactique", a jugé Shirin Ebadi, disant avoir été informée que des centaines de personnes ont été transportées jeudi dans un hôpital de Téhéran avec des "blessures graves aux yeux" causées par des tirs de fusils à plombs.
- Messages de fermeté -
Vendredi, la télévision iranienne a montré les dégâts causés, citant le maire de Téhéran parlant de plus de 42 bus, véhicules publics et ambulances incendiés, ainsi que 10 bâtiments officiels.
Un procureur du district de la ville d'Esfarayen, dans l'est de l'Iran, ainsi que plusieurs membres des forces de sécurité ont été tués jeudi soir lors de manifestations, selon le pouvoir judiciaire.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a averti vendredi que son pays ne "reculerait pas" face à la contestation qui défie la République islamique, en place depuis 1979.
Devant ses partisans scandant en écho "mort à l'Amérique", Ali Khamenei a adopté un ton offensif, dans un discours diffusé par la télévision d'Etat.
Les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont jugé la situation "inacceptable", promettant de protéger la Révolution islamique. Et le pouvoir judiciaire a averti vendredi que la punition des "émeutiers" serait "maximale".
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a accusé les Etats-Unis et Israël d'ingérence dans le mouvement de contestation, tout en écartant la possibilité d'une intervention militaire étrangère.
Le département d'Etat américain a qualifié ces accusations de "tentative délirante de détourner l'attention".
- "Intimider et punir" -
Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles survenues après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.
Elles éclatent au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, tandis que l'ONU a rétabli en septembre des sanctions liées au programme nucléaire iranien.
Carabines à plomb, canons à eau, gaz lacrymogène et coups: dans un communiqué commun, Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) ont dénoncé les méthodes utilisées "pour disperser, intimider et punir des manifestants largement pacifiques".
Dans une déclaration conjointe, l'Union européenne, le Canada et l'Australie ont salué "le courage du peuple iranien qui défend sa dignité et son droit fondamental de manifester pacifiquement".
"Nous condamnons fermement la mort de manifestants, le recours à la violence, les arrestations arbitraires et les tactiques d'intimidation employées par le régime iranien contre sa propre population", ont-ils ajouté.
J.Pereira--PC