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Budget: Lecornu annonce de nouvelles mesures pour éviter la censure, leur financement interroge
En quête d'un compromis sur le budget pour éviter la censure, Sébastien Lecornu a abattu de nouvelles cartes vendredi susceptibles selon lui de "rassembler", mais qui soulèvent des questions au sujet de leur financement.
Dans une allocution d'environ vingt minutes depuis la cour de Matignon, le Premier ministre a énuméré une série de mesures pour un budget présenté comme "meilleur" et "responsable", assurant qu'il permettrait de réduire le déficit à l'objectif fixé de 5% du PIB, au lieu de 5,3% à ce stade des discussions parlementaires.
Le PS réclamait notamment des mesures en faveur du pouvoir d'achat des plus modestes et sur le logement.
Sébastien Lecornu a annoncé la revalorisation du barème de l'impôt sur le revenu et une augmentation de "50 euros en moyenne" de la prime d'activité pour "plus de trois millions de ménages" à revenus modestes. Cette dernière mesure coûtera "de l'ordre de de 2 milliards d'euros" par an, selon l'entourage du Premier ministre.
Avant même sa prise de parole, le chef du gouvernement avait annoncé la généralisation des repas universitaires à 1 euro, voulue par les socialistes.
"Les avancées sont réelles", s'est félicité le PS dans un communiqué. "Plusieurs points nécessitent encore des échanges avec le gouvernement", a toutefois ajouté le chef du groupe à l'Assemblée Boris Vallaud.
"On a des concessions qui sont très minimes", a au contraire jugé sur BFMTV le président LFI de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel.
"Et toujours pas la moindre piste sérieuse de financement", a aussi taclé la cheffe du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain.
Le sujet a également été soulevé par le président du groupe MoDem à l'Assemblée, Marc Fesneau, visiblement sceptique bien qu'en soutien du gouvernement. Il a dit attendre de l'exécutif "des clarifications, en particulier sur le respect des objectifs de réduction du déficit".
De son côté, le président du Medef Patrick Martin s'est inquiété dans la soirée "des contreparties fiscales aux nouvelles dépenses annoncées".
- "Tristesse" -
Sébastien Lecornu n'a pas dit par quelle voie, article 49.3 ou ordonnance, il comptait procéder pour l'adoption du texte. Deux outils constitutionnels à sa disposition, perçus par ses opposants comme des "passages en force".
Le Premier ministre s'est donné jusqu'à mardi pour trouver une solution acceptable aux yeux du PS, dont il cherche à s'assurer la non-censure.
Faute d'accord des députés pour voter un budget, il a confié sa "tristesse" d'avoir vu sa méthode - laisser la main au Parlement - échouer sur le budget de l'Etat alors que les députés étaient parvenus à voter celui de la Sécurité sociale.
Le gouvernement a suspendu jeudi soir les interminables débats budgétaires à l'Assemblée, actant l'impossibilité d'aller à un vote sur le projet de loi de finances 2026.
Vendredi, Sébastien Lecornu a de nouveau fustigé la "stratégie cynique et profondément délibérée" de LFI et du RN, accusés de "saboter" les débats.
"La seule stratégie que nous avons, monsieur le Premier ministre, c'est de défendre les Français", lui a rétorqué la cheffe de file du RN Marine Le Pen lors d'un meeting à Marseille, en le surnommant "Caliméro Lecornu".
- Trancher -
L'allocution du locataire de Matignon a laissé de nombreux points en suspens.
Pour les collectivités locales, en attente d'un geste financier à quelques semaines des municipales, M. Lecornu a dit qu'elles participeraient à l'effort "dans des proportions acceptables", sans donner de chiffre.
Il n'a rien dit d'une éventuelle surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, censée rapporter 6,3 milliards d'euros et aider à la négociation avec le PS.
Les discussions budgétaires sont censées reprendre mardi après-midi et le Premier ministre devrait donc avoir d'ici là choisi de recourir à l'article 49.3 ou à une ordonnance (article 47).
L'article 49.3, auquel il avait solennellement renoncé en octobre à la demande du PS, permettrait au gouvernement de faire passer un budget en retenant les amendements de son choix.
Mais il devrait l'utiliser potentiellement trois fois (sur les dépenses, les recettes puis l'ensemble du texte), s'exposant à chaque fois à une censure. Y recourir aurait un goût amer, son abandon incarnant pour Sébastien Lecornu la marque de son action.
L'ordonnance, soit l'inscription du budget dans un texte sans passer devant le Parlement, serait inédite mais permettrait elle de doter le pays d'un budget même si le gouvernement devait être censuré par la suite.
Un projet d’ordonnance budgétaire serait à l’étude à Matignon, selon une source à Bercy, mais cela ne veut pas dire que cette option sera in fine choisie.
pol-are-tg-la/sde/cbn
L.Torres--PC