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Venezuela: le pouvoir annonce plus de libérations de prisonniers politiques, les familles s'impatientent
"Qu'ils les libèrent!", s'impatientent des proches de détenus politiques au Venezuela alors que la présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui a succédé à Nicolas Maduro capturé par les Etats-Unis le 3 janvier, annonce plus de 600 libérations et en appelle à l'ONU pour confirmer ces chiffres.
La controverse autour du nombre libérations de détenus politiques, jamais mentionnés en tant que tels par le pouvoir, monte depuis plusieurs jours.
Caracas, qui avait annoncé le 8 janvier la libération prochaine de détenus politiques sous la pression américaine, assure que 626 personnes ont été libérées, comptabilisant des libérations du mois de décembre, avant l'intervention américaine.
L'ONG de défense des détenus Foro Penal recense quant à elle seulement 155 libérations de prisonniers politiques depuis le 8 janvier, sur un total de quelque 800 détenus. Elle comptabilise également 114 libérations en décembre, ce qui ferait un total de 269, loin du chiffre évoqué par le pouvoir.
"Ca suffit, les mensonges. Ça suffit de mentir au peuple vénézuélien (...) à travers les réseaux sociaux, des algorithmes qui cherchent à semer le mensonge, la violence, la haine et la mort", a lancé vendredi à la télévision publique Mme Rodriguez, assurant qu'elle allait appeler lundi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Volker Türk.
"Je lui demanderai, par l'intermédiaire de son bureau, de vérifier les listes des personnes libérées au Venezuela", a-t-elle dit.
Cette déclaration détonne alors que les relations entre le pouvoir vénézuélien et cette institution sont conflictuelles depuis des années. L'ONU a dénoncé des violations des droits humains dans le pays, accusations rejetées par le pouvoir qui a souvent critiqué le Haut-Commissariat.
Vendredi matin, une trentaine de proches ont manifesté devant la prison de l'Hélicoïde, un centre de torture géré par les services de renseignements selon des défenseurs des droits de l'homme. Des dizaines d'autres familles campent près d'autres centres de détention dans l'attente de libérations.
Adriana Abreu, 30 ans, arbore un T-shirt à l'effigie de son mari Guillermo Lopez, chef de campagne du parti de l'opposante Maria Corina Machado dans l'Etat de Trujillo (ouest), incarcéré depuis deux ans.
Voix qui tremble, quelques larmes... Cette mère d'un garçon de 4 ans explique devoir faire 16 heures de bus pour rejoindre Caracas.
- "Epuisement" -
"C'est un épuisement physique, mental (...) On parle de chiffres comme s'ils n'étaient qu'un nombre de plus. Ce sont des vies, ce sont des milliers de familles", raconte-t-elle.
"Notre exigence est qu'ils (les dirigeants) tiennent leur promesse de libération, pas seulement d'un nombre important, mais de tous! Parce que tous sont innocents", ajoute-t-elle.
Diego Casanova, membre de l'ONG Comité pour la libération des prisonniers politiques, dénonce un processus "extrêmement lent, opaque, truffé d'arbitraire et d'irrégularités".
"Pour nous, (c'est) une nouvelle forme de violence d'Etat à l'égard des victimes", dit-il, en demandant "la libération de tous les prisonniers politiques et un démantèlement de l'appareil répressif".
L'ONG Justice Rencontre Pardon a annoncé vendredi le décès de Yarelis Salas, mère du prisonnier politique Kevin Orozco, qui attendait dans l'angoisse une libération qui n'est jamais venue.
Un des plus prisonniers les plus connus, Rafael Tudares Bracho, gendre d'Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat d'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024, est sorti de prison dans la nuit de mercredi à jeudi.
Mais de nombreuses figures, comme les opposants Juan Pablo Guanipa et Freddy Superlano ou l'activiste Javier Tarazona, restent écroués.
Par ailleurs, à l'appel du pouvoir, des milliers de partisans du président déchu Nicolas Maduro ont manifesté en faveur de sa libération vendredi, date anniversaire de la chute de la dictature militaire en 1958. "Nous les voulons de retour", pouvait-on lire sur une immense banderole déployée dans le centre de Caracas.
Marlene Blanco, comptable de 65 ans, juge "illégale" et "injuste" la capture de Maduro et de son épouse. "Le pétrole est à nous. Et il doit être payé comme il se doit", ajoute-t-elle à propos de la volonté de Donald Trump de mettre la main sur le pétrole vénézuélien.
Le puissant ministre de l'Intérieur, Diosdado Cabello a dit vouloir "ramener le président Maduro et Cilia", la Première dame, pendant le rassemblement, tout en assurant soutenir la présidente par intérim.
F.Ferraz--PC