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Mercosur: l'UE va appliquer l'accord de façon provisoire au grand dam de la France
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vendredi que l'UE allait appliquer de façon provisoire l'accord commercial avec les pays du Mercosur, une décision saluée à Berlin, mais condamnée en France, où le président Emmanuel Macron a déploré "une mauvaise surprise".
Les réactions ont de nouveau montré les dissensions qui s'étaient exprimées au sein de l'UE lors de la négociation de ce gigantesque accord.
"Les entreprises et les citoyens des deux continents peuvent enfin bénéficier d'une plus grande prospérité et d'une croissance accrue", s'est félicité le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul, qualifiant l'accord d'"historique".
Contrairement à la France, l'Allemagne, dont l'économie est très dépendante de ses exportations, avait vécu comme un revers la suspension il y a un mois de l'application de l'accord, après un vote d'eurodéputés encouragés par un secteur agricole ayant multiplié les actions de protestation.
Vendredi, dans une courte allocution devant la presse à Bruxelles, Mme von der Leyen a annoncé que la Commission allait désormais "procéder à l'application provisoire" de l'accord. Une décision prise après des échanges "approfondis" avec le Parlement et les États membres, a-t-elle dit.
Les pays latino-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et l'Union européenne ont signé mi-janvier ce traité créant l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde.
Cet accord doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique latine tout en facilitant l'entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains.
L'application du traité avait été suspendue par un vote du Parlement européen, dont les élus ont saisi la justice de l'UE afin de vérifier sa conformité avec les traités européens, une procédure censée prendre plusieurs mois.
Malgré cela, la Commission avait la possibilité d'appliquer l'accord de façon temporaire, après de premières ratifications outre-Atlantique, ce que l'Argentine et l'Uruguay ont fait jeudi.
Comme l'Allemagne, l'Espagne a salué l'annonce de Mme von der Leyen.
"Dans un monde toujours plus incertain, l'Europe ne peut pas se permettre de rester à la traîne. L'accord avec le Mercosur est un grand pas dans la feuille de route de l'UE pour devenir plus autonome et plus résiliente", a justifié le ministre espagnol de l'Économie, Carlos Cuerpo, dans une déclaration transmise à l'AFP.
Mais une pluie de critiques est venue de France.
Emmanuel Macron a regretté que Bruxelles renforce ainsi "l'incertitude" du monde agricole. Il a évoqué "une mauvaise manière" faite au Parlement européen avec ce "choix unilatéral" de l'exécutif bruxellois.
- "Déni de démocratie" -
"C'est une grande responsabilité vis-à-vis des agriculteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes et pour lesquelles les Européens n'ont pas encore apporté la visibilité nécessaire", a déclaré le président français.
"En pleine semaine du Salon international de l'agriculture, Ursula von der Leyen choisit de passer en force", a dénoncé pour sa part l'eurodéputée française Céline Imart, auprès de l'AFP. Elle a fustigé "le choix du mépris à l’égard du monde agricole".
"C'est un déni de démocratie. Mme von der Leyen s'assoit sur le Parlement de manière très claire, et d'ailleurs aussi sur la Cour de justice de l'Union européenne", a renchéri Arnaud Rousseau, président du premier syndicat agricole en France (FNSEA), depuis le Salon de l'agriculture à Paris.
Que va-t-il désormais se passer? La Commission doit maintenant notifier officiellement les pays du Mercosur de son intention d'appliquer cet accord. Il entrera en vigueur "le premier jour du deuxième mois" suivant les échanges sur cette notification formelle, a expliqué Olof Gill, un des porte-paroles de la Commission.
Comme la Commission, la majorité des États européens sont favorables à ce traité de libre-échange. Tous soulignaient la nécessité de mettre en œuvre l'accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l'Europe.
"Nous avons besoin du Mercosur", a martelé vendredi Olof Gill devant la presse.
Pour entrer définitivement en vigueur, l'accord commercial avec le Mercosur doit être ratifié par les eurodéputés, un processus qui est donc retardé par l'avis réclamé à la Cour de justice de l'UE.
E.Paulino--PC