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Macron présente une évolution majeure de la dissuasion nucléaire, ouverte sur l'Europe
Une "dissuasion avancée", associant huit pays européens mais "sans aucun partage de la décision ultime": Emmanuel Macron a proposé lundi une coopération nucléaire inédite pour la défense de l'Europe, avec l'Allemagne comme "partenaire clé", assortie d'une augmentation de l'arsenal français, tout en martelant que la France resterait souveraine dans l'emploi de la force.
"Aujourd'hui plus que jamais l'indépendance ne peut être la solitude", a lancé le président français dans un discours de 50 minutes sur la base stratégique de l'Ile longue, près de Brest (ouest), avec en arrière-plan un des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la France, incarnation de la force de frappe nucléaire, au côté des chasseurs Rafale porteurs de missiles nucléaires.
Les intérêts de la France "ne peuvent se confrondre avec le seul tracé de nos frontières nationales", a-t-il pointé en rappelant la dimension européenne de la dissuasion depuis le général de Gaulle.
"Nous devons passer à une tout autre étape", la "dissusion avancée", a-t-il dit en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu, des principaux ministres concernés et de tout le ghota des forces stratégiques françaises.
"Nos partenaires sont prêts", a-t-il insisté en citant huit pays européens, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
Cette importante évolution de la doctrine française a été accompagnée de deux annonces majeures : l'augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises -290 actuellement - dont il n'a pas précisé le niveau, et le possible déploiement d'avions français équipés de la bombe chez des alliés européens.
Ces pays pourront accueillir des "forces aériennes stratégiques", qui pourront ainsi "se disséminer dans la profondeur du continent européen" pour "compliquer le calcul de nos adversaires", a expliqué le président français.
- Plus de chiffres -
La France ne communiquera plus sur les chiffres de son arsenal nucléaire, "contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé", a ajouté le président français. Mais "il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n'a jamais été notre doctrine", a-t-il insisté.
La Russie détient 4.300 têtes, les Etats-Unis 3.700, la Chine 600 et le Royaume-uni 225, selon le centre de réflexion suédois SIPRI.
Le chef de l'Etat a également proposé "la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires", comme des exercices de frappes auxquels le Royaume-uni est déjà associé.
La marge de manoeuvre d'une telle coopération reste toutefois étroite face aux fondamentaux de la dissuasion française alors qu'une partie de l'opposition en France accuse régulièrement le chef de l'Etat de vouloir brader l'arme nucléaire.
"Il n'y aura aucun partage de la décision ultime" avec les alliés, a martelé Emmanuel Macron.
"La chaîne de commandement est d'une clarté totale et la décision ultime" de déclencher le feu nucléaire "revient au seul président de la République", a-t-il insisté.
- "Complémentaire de l'Otan" -
Depuis son origine, la dissuasion française voulue par le général de Gaulle se veut complètement indépendante et repose sur l'appréciation d'un seul homme, le président, d'une menace contre les intérêts vitaux du pays.
Le chef de l'Etat a passé en revue toutes les "menaces nucléaires qui s'accroissent, se diversifient et sont davantage connectées entre elles", à l'appui de sa démonstration.
Evoquant un "risque majeur pour notre Europe", il a cité la Russie avec l'ombre portée de la menace nucléaire en Ukraine, la Chine qui s'est "engagée dans un rattrapage à marche forcée" et les atteintes répétées à la non prolifération nucléaire.
La guerre contre l'Iran, déclenchée par les Etats-Unis et Israël, "porte et portera son lot d'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières", a-t-il également affirmé.
Si les pays européens manifestent un intérêt croissant pour la dissuasion française, ils restent viscéralement attachés au parapluie nucléaire américain sous bannière de l'Otan.
La dissuasion française reste "parfaitement complémentaire" de l'Otan, a ainsi assuré le président français.
Les Etats-Unis stationnent des bombes dans cinq pays de l'Otan (Italie, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Turquie), dont l'emploi relève de leur seule décision américaine mais que les pays hôtes peuvent utiliser avec leur accord.
Les Etats-Unis, qui ont assumé pendant des décennies la protection de l'Europe tandis que les pays du Vieux Continent réduisaient leurs dépenses de défense, exigent désormais de leurs alliés qu'ils se prennent en main.
F.Cardoso--PC