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Dans le sud de la Syrie, des familles inquiètes pour leurs fils aux mains d'Israël
Au moindre coup à sa porte, Fatima al-Safadi s'imagine revoir ses deux fils, enlevés il y a près d'un an avec d'autres par Israël lors d'une de ses nombreuses incursions dans le sud de la Syrie.
Depuis la chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024, Israël a mené des centaines de frappes en Syrie et plusieurs opérations dans le sud du pays, au cours desquelles une cinquantaine de personnes ont été capturées, selon des estimations officielles syriennes.
Les deux fils de Fatima al-Safadi, Mohammad (40 ans) et Ahmad (36 ans), figurent parmi les sept personnes que l'armée israélienne avait dit avoir appréhendées lors d'une "opération ciblée" le 12 juin à Beit Jinn, un village proche de Damas, avant de les transférer en Israël pour interrogatoire.
Assise à même le sol dans sa modeste maison au pied du Mont Hermon, Fatima, 57 ans, serre contre elle la photo de ses enfants.
"J'entends parfois frapper à la porte, je me précipite pour l'ouvrir, mais je ne trouve personne", confie-t-elle à l'AFP. "Je redoute leur sort et je crains qu'ils ne soient pas libérés", ajoute-t-elle d'une voix tremblante.
Elle explique que sa "joie de célébrer la libération de la Syrie" avec la chute d'Assad a été assombrie "par quelque chose de plus dur" avec ces incursions.
- "Sans inculpation" -
Fin 2024, Israël a déployé des forces dans la zone tampon démilitarisée du Golan entre les deux pays, à 12 km de Beit Jinn.
Aïcha al-Safadi, une autre habitante de 53 ans, ne peut retenir ses larmes dès que son regard se pose sur la photo de son fils Hassan, emmené depuis Beit Jinn en juin 2025.
"Je compte mes jours et mes nuits" dans l'espoir de son retour, lâche-t-elle.
Entourée de ses trois petits-enfants, elle implore "le gouvernement syrien (...) de nous aider à ramener d'Israël nos fils par tous les moyens comme il l'avait fait pour la libération de détenus dans des pays arabes".
Le 28 novembre 2025, l'armée israélienne a en outre mené dans ce village une opération meurtrière faisant 13 morts, affirmant viser un groupe islamiste.
Selon un rapport de Human Rights Watch publié fin avril, "depuis la chute du gouvernement Assad, les forces israéliennes ont (...) établi plusieurs positions militaires à l'intérieur de la Syrie" et "arrêté arbitrairement des civils syriens, et les ont transférés en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret".
- "Dans la douleur" -
Le long de la route reliant Damas à Beit Jinn, la présence militaire syrienne se limite à des postes de contrôle tenus par des agents munis d'armes légères. Les blindés lourds, eux, ont déserté les abords du mont Hermon.
Les forces israéliennes contrôlent désormais une position permanente au sommet du mont.
Assis derrière son bureau dans un bâtiment gouvernemental près d'une base israélienne récemment installée, le responsable de la province de Qouneitra, Mohammad al-Saïd, fait état de "l'enlèvement par l'armée israélienne de plus de cinquante personnes" originaires de la région.
Israël "a occupé de nouveaux territoires sur une profondeur comprise entre 500 mètres et un kilomètre, couvrant environ 240 kilomètres carrés", où ses forces "ont installé des barrages temporaires et pris d'assaut des maisons", affirme-t-il.
Selon un porte-parole de l'armée israélienne, des individus ont été appréhendés lors d'opérations en Syrie "lorsqu'il existait un soupçon raisonnable de leur implication dans des activités terroristes contre l'Etat d'Israël".
La détention peut être maintenue à titre sécuritaire "préventif (...) conformément au droit israélien et aux règles applicables du droit international", a-t-il précisé à l'AFP.
Dans la localité de Khan Arnabeh, à Qouneitra, Mohammad Mahmoud al-Sayed, 45 ans, se remémore avec amertume son arrestation par les forces israéliennes l'an dernier.
Assis dans son bureau, cet agent immobilier raconte ses 65 jours de détention, loin de sa famille.
"Chaque moment passait dans la douleur (...) Que dire de ceux qui ont passé plus d'un an sans aucune nouvelle de leur famille, et dont les proches restent eux aussi sans nouvelles?"
P.Serra--PC