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Tennis: Kader Nouni, l'arbitre qui ne voulait pas "se faire remarquer"
La balle fuse, un point est remporté. "40 A", annonce l'arbitre de chaise d'une voix grave et retentissante. Cette voix qui brise le silence, c'est celle de Kader Nouni, l'arbitre français le plus connu du circuit WTA.
"Le but d'un arbitre, ce n'est pas de se faire remarquer. Alors c'est vrai qu'avec la voix et la coupe afro que j'avais à l'époque, c'était un peu compliqué", confie à l'AFP l'arbitre de chaise de 49 ans.
Son timbre de baryton provoque souvent des réactions dans le public, comme au WTA 1000 de Madrid en mai, où les rires envahissent l'enceinte du Manolo-Santana à chaque fois qu'il prononce "Deuce" (égalité), de manière grave et appuyée.
"Ma voix est naturelle, je ne peux pas me cacher. Je ne m'entraîne pas devant ma glace à dire +Deuce+ ou +15 Love+ (15-0)", renchérit Kader Nouni.
Après un match à l'Open d'Australie en 2016, la presse locale le surnomme le "Barry White du tennis".
"Ça m’agaçait au départ car à la base, mon job c'est arbitre de tennis, pas animateur de chaises. J'avais beaucoup de mal avec ça. Mais je l'ai accepté, surtout pour le fait qu'on parle aussi des arbitres pas seulement quand il se passe une cacahuète", nuance-t-il.
Car ce n'est pas à sa voix qu'il doit sa place au plus au niveau mais à ses qualités d'arbitre.
Comme ce moment remarqué lors du huitième de finale dimanche à Paris entre la tenante du titre Iga Swiatek et Elena Rybakina.
Sur un service de la Kazakhe à 15-40 et 4-4 dans le troisième set, un juge de ligne crie "faute". Les deux joueuses se dirigent vers leur banc.
Kader Nouni descend de sa chaise pour aller voir la trace. La balle est bonne. "Elle ne vous a pas demandé de vérifier", lui lance la Polonaise.
"C'est ma responsabilité d'aller vérifier la marque", lui rétorque en anglais l'arbitre.
- Première finale en 2007 -
Arbitrer n'était pas dans les plans de Kader Nouni au départ. Né à Perpignan, il tombe malgré lui dans le tennis à l'âge de 7 ans, pour faire comme son frère aîné, émerveillé de voir Yannick Noah remporter Roland-Garros en 1983.
"Comme le tennis coûtait un peu cher, on a commencé à faire un peu tout dans ce club, à travailler sur le terrain, à arbitrer. Plus tard, le directeur d'un petit club de Perpignan cherchait des arbitres pour son tournoi de l'été. J'avais 12 ans, on était payé 1 franc du jeu. C'est comme ça que l'histoire commence", se remémore-t-il.
Ensuite, le Perpignanais a fait ses classes jusqu'au plus haut niveau, avec une première apparition comme juge de ligne à Roland-Garros en 1992, où il arbitrait des juniors.
Son souvenir le plus marquant à Paris ? Sa première finale comme juge de ligne en 1999 entre André Agassi et Andreï Medvedev.
"Je suis au service. Je vois André Agassi remporter son premier Roland-Garros, le mec en pleurs. Il n'y a pas de mots", se souvient Kader Nouni.
Il obtient en 2007 son "badge d'or", le Graal de l'arbitrage en tennis qui lui permet d'officier dans les plus grands rendez-vous (Grand Chelem, Masters 1000, Coupe Davis et BJK Cup) en tant qu'arbitre de chaise.
Cette année-là, il siège pour la première fois sur la chaise en finale porte d'Auteuil, "une boucherie" sourit-il. La Belge Justine Henin étrille en un peu plus d'une heure la Serbe Ana Ivanovic 6-1, 6-2.
Rebelote en 2009, 2013, 2014 et 2021. Il a aussi eu l'honneur "d'une vie" d'arbitrer en finale à Wimbledon en 2018.
"On peut le faire qu'une fois. C'était Serena Williams contre Angelique Kerber. Bon le match a duré 55 minutes (6-3, 6-3 pour l'Allemande) mais c'était le temple du tennis", rigole le Français.
Avec le recul, l'arbitre de chaise garde son regard d'enfant sur ses 30 années sur les courts.
"Les mecs que je voyais gamin à la télévision, Guy Forget, Henri Lecomte, Yannick Noah, maintenant je les salue, on discute", s'émerveille-t-il encore aujourd'hui.
F.Santana--PC