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Microsoft sous les projecteurs, y compris ceux des autorités de la concurrence
Avec l'annonce du rachat des studios Activision Blizzard pour près de 69 milliards de dollars, le vétéran des géants d'internet prouve qu'il n'a pas dit son dernier mot - au risque d'attirer l'attention des régulateurs.
Google, Apple, Facebook, Amazon... Et Microsoft. Le nom du groupe informatique de Seattle arrive souvent après les autres, quand il n'est pas tout simplement oublié des débats sur les technologies, de la modération des contenus sur les plateformes aux questions de droit de la concurrence.
Mais le numéro 2 mondial du cloud (informatique à distance) - aussi fabricant des consoles Xbox, fournisseur de Windows, propriétaire du jeu Minecraft et du réseau professionnel LinkedIn - a peut-être été sous-estimé.
"Microsoft ne subit pas le même niveau de pression de la part des régulateurs que les GAFA. Au final, Satya Nadella (le patron de Microsoft, ndlr) y a vu une opportunité de faire un pari majeur tandis que les autres sont sous le feu des projecteurs et ne peuvent pas convoiter ce genre de gâteau", analyse Dan Ives de Wedbush Securities.
Néanmoins, "il va y avoir des obstacles aussi bien à Washington qu'à Bruxelles pour faire accepter une opération de cette taille", a-t-il ajouté.
Car l'acquisition de l'éditeur de jeux vidéo aussi populaires que "Call of Duty" et "Candy Crush" serait la plus importante opération de fusion-acquisition à avoir jamais lieu dans la tech.
- Vétéran menaçant? -
Et elle intervient alors que le gouvernement démocrate ne cache pas son désir de réguler les "Big Tech". Le président américain Joe Biden a nommé plusieurs personnalités connues pour leurs opinions critiques du pouvoir accumulé par les grandes entreprises numériques.
Alphabet (Google) et Meta (Facebook), notamment, font l'objet d'enquêtes et de poursuites en justice pour abus de position dominante.
L'autorité américaine de la concurrence (FTC) et des élus reprochent par exemple à Meta d'avoir racheté WhatsApp et Instagram pour asseoir sa domination des réseaux sociaux et empêcher l'apparition de toute concurrence sérieuse.
"Cette transaction pourrait susciter des inquiétudes en termes de respect de la concurrence si Microsoft décide de restreindre les nouveaux contenus sur sa plateforme et de ne pas autoriser ses jeux à sortir sur les consoles de ses proches concurrents, comme la PlayStation de Sony", a noté Michael Hewson de CMC Markets UK.
La franchise "Call of Duty", par exemple, est disponible aussi bien sur la Xbox de Microsoft, la PlayStation et la Switch de Nintendo.
Microsoft pourrait choisir de se comporter comme certaines sociétés de médias qui ont repris leurs films ou séries en exclusivité quand elles ont lancé leur propre plateforme de streaming.
"Même si certains ont fait valoir que cela irait contre ses propres intérêts, et limiterait ses sources de revenus, ce n'est pas impossible vu comment Microsoft s'est comporté dans le passé, avec des offres groupées liant des appareils et des logiciels", a précisé Michael Hewson.
- Faire le poids face à l'Asie -
Mais contrairement aux numéros 1 et 2 de la publicité en ligne (Google et Facebook) ou au leader du commerce en ligne (Amazon), même avec Activision Blizzard, Microsoft Gaming ne serait "que" le troisième plus grand acteur des jeux vidéo, derrière le Chinois Tencent et le Japonais Sony, en termes de revenus.
Et l'Américain a pris du retard dans les jeux sur mobile.
"Il est difficile de parler de comportement monopolistique" de la part de Microsoft, a estimé l'analyste Carolina Milanesi.
"Personnellement je pense que la FTC ne va pas y regarder d'aussi près que pour Amazon et MGM parce qu'il ne s'agit pas de contrôle des médias", a-telle continué, évoquant l'acquisition par Amazon du mythique studio hollywoodien MGM pour renforcer son service de streaming vidéo.
Les autorités américaines pourraient en outre se montrer sensibles au désir des Etats-Unis de faire le poids face aux colosses asiatiques, dans un secteur économique aussi florissant et prometteur que celui des jeux vidéo.
D'autant que l'année 2021 a été marquée par un nombre record de rachats, notamment de la part de Tencent. Et ce n'est pas fini, selon les experts.
"On entre dans une nouvelle vague d'acquisitions dans le secteur", a estimé Laurent Michaud, analyste spécialisé dans l'industrie vidéoludique.
"Electronics Arts constitue une cible assez intéressante pour un GAFA. Si Sony devait jeter son dévolu sur une entreprise, il pourrait être intéressé par Bandai Namco, Capcom, Square Enix, Konami ou Nexen. Et Tencent a déjà pris une part du capital d'Ubisoft".
P.Mira--PC