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A Marineland, orques et dauphins surnagent dans un parc en décomposition
Au bout des allées vides du Marineland d'Antibes, parc fantôme depuis janvier, deux orques et douze dauphins tournent en rond dans des bassins en fin de vie, dans l'attente d'un avenir.
Les pingouins, les requins ou les otaries ont rejoint d'autre zoos, ne laissant que quelques feuilles mortes dans leurs bassins à sec, et une barrière indiquant "complet" bloque l'accès au vaste parking, pourtant désert, où convergeaient des centaines de milliers de visiteurs chaque année.
Désormais, le souffle caverneux des deux orques -- Wikie (24 ans) et son fils Keijo (12 ans) -- résonne dans les gradins parsemés de déjections d'oiseaux.
Construit en 2000, l'espace des orques, composé de cinq bassins connectés, n'a plus fait l'objet de rénovations d'ampleur depuis 2021 et le vote de la loi sur le bien-être animal qui a scellé le sort de Marineland en interdisant à terme la détention et les spectacles de cétacés.
Les orques et dauphins, étant nés dans ce parc des Alpes-Maritimes, ne survivraient pas en liberté.
Pascal Picot, directeur général du parc, réclame depuis des mois de pouvoir transférer les animaux en Espagne, où les spectacles de cétacés sont autorisés.
A Marineland, l'infrastructure est "en fin de vie". "Tout s'effrite. On a le fond qui se fissure. On a des morceaux de béton qui tombent, qui dégagent des fers apparents. Les animaux sont réellement en danger", insiste-t-il.
En mars 2024, Inouk, le frère de Wikie, était mort de l'ingestion d'un petit morceau de métal de quelques grammes.
Des travaux réguliers de maintenance permettent de colmater, mais les bruits perturbent les orques et les traces de ciment compliquent la filtration de l'eau.
- Dangereux selfies -
Parallèlement, le parc fait face depuis la fin de l'été à une multiplication d'intrusions, le plus souvent de la part de jeunes en quête de selfies.
"Ils mettent en danger la vie des animaux et leur propre vie", prévient M. Picot, qui a renforcé le service de sécurité. "Les animaux sont puissants, ils peuvent vous entraîner au fond de l'eau". Même sans être agressifs, juste pour jouer.
D'autant qu'ils s'ennuient. Dans le bassin -- moins fissuré -- des dauphins, en l'absence de soigneurs, il suffit d'une sonnerie de portable pour que plusieurs sortent la tête de l'eau et suivent les visiteurs, en sautant pour éclabousser.
Au total, quelque 35 personnes travaillent encore dans le parc vide, dont des soigneurs qui se relaient encore sept jours sur sept pour nourrir les cétacés et les stimuler cognitivement et socialement plusieurs heures par jour.
Le temps presse aussi pour eux. Ils seront licenciés au départ des cétacés et ont besoin de se projeter, que ce soit pour suivre les animaux ou entamer une reconversion.
Et pour le parc désormais sans revenus, entre les salaires, l'électricité, les 800 kg de poisson quotidien, les assurances ou encore le renforcement de la sécurité, la facture va s'élever cette année à "plusieurs millions d'euros", assure M. Picot.
Au printemps, l'ONG Sea Shepherd a proposé cinq millions d'euros pour rénover les bassins et prendre les orques en charge le temps qu'un sanctuaire de semi-liberté soit prêt à les accueillir.
Mais le parc à décliné, faisant valoir que les projets de sanctuaires patinent depuis 10 ans.
L'Espagne a refusé le transfert des orques vers un parc de Tenerife, évoquant en particulier des bassins trop petits. Mais le transfert de huit des 12 dauphins à Malaga a été validé, et le feu vert de Paris n'arrive pas.
Le gouvernement met en avant un projet de structure au ZooPark de Beauval, qui ne sera cependant pas prêt avant 2027 et suscite l'opposition de nombreuses associations de défense des animaux, qui considèrent un "delphinarium de luxe" à Beauval ou un transfert en Espagne comme une violation de l'esprit de la loi sur le bien-être animal.
Marketa Schusterova, cofondatrice de l'ONG TideBreakers, dont les drones inspectent régulièrement Marineland et d'autres parcs fermés avec des cétacés en attente au Canada, aux Etats-Unis ou en Argentine, se veut plus pragmatique: "L'Espagne n'est pas la solution idéale mais elle maintiendrait les orques en vie. Ces bassins (à Marineland, ndlr) vont les tuer."
E.Ramalho--PC