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Dans la confrontation avec Trump, le pape révèle son vrai visage
La modération et la mesure reléguées ? En menaçant de détruire la civilisation pluriséculaire de l’Iran, Donald Trump a franchi une ligne rouge qui a poussé le pape à montrer sa vraie nature, affirment les analystes.
Léon XIV, le premier pape américain de l'Histoire, avait jusqu'à présent largement laissé aux évêques des Etats-Unis le soin de critiquer le gouvernement Trump — de son bellicisme à sa répression des immigrés.
Elu en mai, "dès le départ, (il) ne voulait absolument pas apparaître comme la personnalité internationale anti-Trump", a expliqué à l’AFP l’expert du Vatican Marco Politi.
Traditionnellement, les papes ne se mêlent pas de politique. Léon était également soucieux de ne pas aggraver la fracture entre catholiques conservateurs et réformateurs qui avait empoisonné le pontificat de François, son prédécesseur.
Mais cette passe d’armes pourrait en réalité contribuer à réunir les factions divisées, l’Eglise se mobilisant pour défendre Léon XIV, né à Chicago, face aux attaques du président américain.
Bien que le pape plaide pour la paix depuis le premier jour, la querelle a offert au chef spirituel des 1,4 milliard de catholiques dans le monde "une tribune plus large", a déclaré à l’AFP l’experte américaine du Vatican Elise Ann Allen.
"Léon a toujours été comme ça mais le monde commence enfin à découvrir qui il est", a-t-elle ajouté.
Pour Marco Politi, les menaces apocalyptiques de destruction proférées par Donald Trump à l'encontre de l’Iran - qui ont suscité des conjectures sur un possible recours à l’arme nucléaire - ont été un tournant.
Face au "risque de larguer une bombe atomique, Prevost a dû monter sur le devant de la scène et, à partir de ce moment-là, il est devenu de plus en plus dur", a estimé M. Politi, désignant le pape par son nom de naissance.
Léon a qualifié la menace de Donald Trump de "vraiment inacceptable" et a exhorté les Américains à demander à leurs élus au Congrès de "travailler à la paix", ce qui a déclenché une virulente réaction du président américain. Celui-ci a en effet reproché à l'actuel pape d'être "faible" en matière de lutte contre la criminalité et "nul en politique étrangère".
- "Il a trouvé sa voix" -
Il s’agissait d’"une attaque médiévale", selon Marco Politi. "Il n'était jamais arrivé, à l’époque moderne, qu'un chef d’Etat attaque aussi frontalement le pontificat de Rome", a-t-il poursuivi.
L’affrontement a "donné à Léon l’occasion de montrer sa vraie nature" d’une manière totalement inédite, a estimé Elise Ann Allen.
Un Léon XIV défiant a affirmé qu’il n’avait pas "peur" du gouvernement Trump.
Des catholiques déboussolés, choqués par Donald Trump — notamment par sa publication d’une image générée par l'IA le représentant en Jésus sur les réseaux sociaux — se sont rassemblés autour du pape, ont noté les analystes.
Après que le vice-président américain JD Vance — un fervent catholique — a exhorté le Vatican à "s’en tenir aux questions morales", Léon XIV a déclaré jeudi que le monde était "en train d'être ravagé par une poignée de tyrans" et a réitéré ses critiques vis-à-vis de ceux qui recourent à la religion pour tenter de justifier la guerre.
Avant cela, Léon XIV était considéré "comme un pape très sensible, très cultivé, mais il n’était pas considéré comme très charismatique, comme François ou Jean-Paul II", a développé M.Politi.
Désormais, il est "un point de référence international pour la grande majorité des Etats du monde qui ne supportent pas cette politique de Trump", une "politique de la force", a-t-il ajouté.
Elise Ann Allen juge, quant à elle, que le soutien à Léon, une voix morale dans un monde en proie à une "crise de conscience", ne fera que croître.
"Il a trouvé ses marques dans la papauté et il a trouvé sa voix", a-t-elle souligné, avant de lancer : "je ne pense pas qu’il va reculer."
P.Serra--PC