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A Minneapolis, une collection d'art bien particulière perpétue la mémoire de George Floyd
Une collection fascinante: Kenda Zellner-Smith soulève une porte de fer et laisse apparaître des centaines de panneaux de bois couverts de graffitis, qui tous à leur manière racontent l'histoire des manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd par un policier américain.
Cette jeune femme de 28 ans a rassemblé et archivé les panneaux qui protégeaient les vitrines des commerces durant les émeutes à Minneapolis (Minnesota), après le meurtre de l'Afro-Américain de 46 ans, étouffé à mort par un policier blanc lors d'une arrestation musclée dans cette ville du nord des Etats-Unis en 2020. Une arrestation fatale filmée, qui avait choqué l'Amérique.
Cinq ans plus tard, Mme Zellner-Smith constate que sa collection, conservée dans un centre de stockage à trois kilomètres de l'endroit où George Floyd est mort, suscite toujours de fortes émotions.
Ils vont du contreplaqué vierge sur lequel on peut lire "I can't breathe" ("Je ne peux pas respirer"), les derniers mots de George Floyd alors que le policier Derek Chauvin, s'agenouillait sur son cou, jusqu'à des peintures murales colorées représentant arcs-en-ciel ou coeurs.
"Chaque fois que je les regarde, je remarque quelque chose de différent", déclare-t-elle à l'AFP. "Elles ravivent une énergie, un feu ressenti il y a des années pendant le soulèvement."
- Ruelles et bennes à ordure -
Diplômée de l'université à Minneapolis, Kenda Zellner-Smith faisait partie des millions d'Américains qui ont rejoint les rassemblements du mouvement "Black Lives Matter" en 2020 et ont déferlé sur les villes américaines.
De nombreuses manifestations ont dégénéré et les commerces se sont barricadés avec des panneaux en bois, qui sont devenus des toiles pour les slogans et les dessins des manifestants réclamant la justice.
Mme Zellner-Smith a commencé à collecter les panneaux après en avoir vu un retiré après les manifestations. Elle s'est dit: "Oh mon Dieu, ces panneaux vont disparaître aussi vite qu'ils sont apparus".
"Alors chaque jour, après le travail, je prenais la camionnette de mon père et je me promenais dans les environs à la recherche de panneaux", raconte la jeune femme, qui a aussi cherché dans les ruelles et les bennes à ordures.
Aujourd'hui, son projet, "Save the Boards" ("Sauvez les panneaux"), en compte plus de 600, classés verticalement dans deux box de stockage.
Alors que de nombreuses réformes espérées pour lutter contre le racisme n'ont finalement pas été mises en œuvre, Kenda Zellner-Smith estime que les panneaux sont essentiels pour continuer à soutenir le mouvement de protestation. "L'art est une forme de résistance et de narration, il parle d'expériences réelles et vécues, et c'est ce que ces tableaux représentent", estime-t-elle.
Son prochain défi: trouver un lieu d'accueil à long terme pour les tableaux, car les subventions qui lui permettent de couvrir les frais de stockage s'épuisent.
Quelques-uns sont déjà exposés, notamment dans un bâtiment restauré après avoir été endommagé par un incendie criminel lors des manifestations de 2020, et la plupart ont été photographiés pour être archivés en ligne.
- "Traumatisme" -
"Ma principale motivation est de m'assurer qu'ils sont toujours visibles. Les histoires qu'ils ont à raconter sont toujours entendues, et les gens comprennent qu'il y a encore beaucoup de travail à faire", poursuit la jeune femme.
Une initiative similaire, plus importante, a également été lancée à Minneapolis, par une association à but non lucratif. Celle-ci a exposé une cinquantaine de panneaux lors d'un événement commémoratif dimanche, près de la place George Floyd, nom donné au carrefour où l'homme de 46 ans a été tué.
Sur fond de musique afrobeat, des dizaines de personnes ont parcouru l'exposition.
"Il est absolument vital que ces peintures murales et l'histoire qu'elles racontent soient préservées pour les générations futures", a déclaré Leesa Kelly, qui a rassemblé plus de 1.000 pièces dans le cadre de ce projet d'envergure, dont de nombreux panneaux lors des manifestations de 2020.
A la question de savoir ce qui l'a poussée à lancer le projet, la jeune femme de 32 ans a répondu: "Je ne l'ai pas fait parce que j'étais motivée ou inspirée, je l'ai fait parce que je vivais un traumatisme. Un Noir a été tué. Les peintures murales m'ont donné de l'espoir".
P.Sousa--PC