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Pour le chirurgien pédocriminel Le Scouarnec, l'heure du verdict a sonné
Trois mois d'audience pour arriver à ce moment tant attendu par les victimes de Joël Le Scouarnec: la cour criminelle du Morbihan rend mercredi son verdict à Vannes, marquant le point final du procès de l'ex-chirurgien pédocriminel qui risque 20 ans de prison mais n'a demandé "aucune mansuétude" aux juges.
"À la cour, je ne sollicite aucune mansuétude. Accordez-moi simplement le droit de devenir meilleur et de reconquérir cette part d'humanité qui m'a tellement fait défaut", a demandé l'accusé, invité lundi une dernière fois à prendre la parole.
L'avocat général Stéphane Kellenberger a requis contre lui la peine maximale de 20 ans de réclusion assortie d'une série de mesures de sûreté en raison de sa "dangerosité".
Il a notamment requis une "rétention de sûreté", une mesure rare qui concerne essentiellement des délinquants sexuels et qui permet de placer dans un centre unique en France un criminel présentant un risque élevé de récidive après la fin de sa peine.
Pour Manon Lemoine, que Joël Le Scouarnec a reconnu avoir violée à l'âge de 11 ans, l'adoption de cette mesure par la cour est "le véritable enjeu" du verdict. "Si (elle) n'est pas prononcée, c'est une honte", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Son avocate, Me Marie Grimaud, a elle espéré que "la cour ne passera pas à côté (...) du risque de dangerosité extrêmement important" de Joël Le Scouarnec.
"Archi-coupable", il "ne demande pas à échapper à la peine requise par l'avocat général", a affirmé l'un des avocats de la défense, Me Maxime Tessier, estimant que son client est allé "le plus loin dans ce qu’on peut attendre d'un accusé devant la cour criminelle".
Il a "le droit à la repentance", a-t-il rappelé.
Le verdict, qui sera prononcé par la présidente de la cour Aude Buresi, est attendu au tribunal judiciaire de Vannes à partir de la mi-journée.
- "Réparer" -
L'ex-chirurgien est accusé d'avoir commis des viols et agressions sexuelles sur 299 personnes, dont une large majorité de patients mineurs au moment des faits, de 1989 à 2014.
Le 20 mars, il a reconnu l'ensemble des faits, endossant également la responsabilité pour la mort de deux victimes, l'une par overdose et l'autre par suicide.
Tout au long du procès, Joël Le Scouarnec a voulu "avancer et réparer", une "démarche volontaire", a plaidé lundi Me Thibaut Kurzawa, l'un de ses conseils.
Certains avocats des parties civiles y ont vu eux un simple tour de passe-passe: "reconnaître tout, c'est ne rien reconnaître", a ainsi remarqué Me Giovanni Bertho-Briand.
"Il nous a été martelé votre grande repentance, la grande sérénade de +j'ai changé+", s'est agacé Me Delphine Caro. "Mais à qui ferez-vous croire que vous avez changé?"
"Vous êtes le pire pédophile de masse qui ait jamais existé (...) la bombe atomique de la pédophilie", lance Me Thomas Delaby.
Débuté le 24 février, ce procès fleuve a réuni quelque 60 avocats de parties civiles qui ont plaidé, tantôt individuellement, tantôt en se regroupant autour de thèmes précis, pendant presque trois jours.
- "A la hauteur" -
Les victimes "ne vous pardonneront jamais. Jamais", a asséné à l'accusé Me Delaby.
"Aucune peine ne pourra être à la hauteur de la souffrance des parties civiles", a rappelé Me Romane Codou.
Si la plupart ont loué une défense "bienveillante", d'autres ont regretté que la cour n'ait pas "davantage bousculé" Joël Le Scouarnec pour "accéder à la vérité", selon les mots de Me Bertho-Briand.
Mais ce procès ne sera vraisemblablement pas le dernier de l'ex-chirurgien pédocriminel: "il y aura probablement une autre procédure", a lancé l'avocat général lors de ses réquisitions.
Le parquet de Lorient a ainsi ouvert deux enquêtes liées à "l'affaire Le Scouarnec", dont l'une, révélée à l'AFP le 20 mars, concerne "des victimes éventuellement non identifiées ou nouvellement déclarées" d'agressions sexuelles et viols perpétrés par l'ex-chirurgien viscéral.
"J'espère que le verdict sera à la hauteur des horreurs qu'il a pu commettre", a confié à l'AFP Amélie Lévêque, l'une des 299 victimes de l'accusé. "Mais je n'y crois pas beaucoup."
T.Vitorino--PC