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En Cisjordanie, les colons israéliens de Sa-Nur de retour 20 ans après
Assis à la table recouverte d'une nappe plastique fleurie de son préfabriqué, Meir Goldmintz dit réaliser son rêve d'il y a 20 ans: "revenir à Sa-Nur", minuscule colonie israélienne surplombant les villages palestiniens du nord de la Cisjordanie occupée.
Le rétablissement de cette colonie, démantelée en 2005 comme trois autres des environs et toutes celles de la bande de Gaza lors du retrait israélien de ce territoire, est particulièrement symbolique.
Un grand pas en arrière éloignant un peu plus la perspective d'un Etat palestinien pour les opposants à la colonisation. Ou une "rectification historique" pour Meir Goldmintz et ses voisins, comme l'avait dit lors de la cérémonie de réinstallation mi-avril le ministre d'extrême droite Bezalel Smotrich.
"Son frère habite à côté", signale Meir Goldmintz, qui compte aussi parmi ses voisins l'influent Yossi Dagan, président du Conseil des colonies du nord de la Cisjordanie et l'un de ceux évacués il y a 20 ans.
L'AFP a eu un rare accès à Sa-Nur, au bout d'un chemin de terre contrôlé par un barrage de l'armée israélienne. Les colonies juives récemment créées - illégales au regard du droit international comme toutes celles de Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967 - sont peu friandes des médias étrangers, que leurs habitants jugent hostiles à leur cause.
Un petit groupe reste à distance, l'air méfiant. Seul Meir Goldmintz a accepté de parler à l'AFP - à condition que ce ne soit pas de lui.
"Je ne veux pas que les gens croient que je suis spécial", justifie-t-il. "Mon histoire personnelle n'a pas d'importance, l'histoire, c'est celle du retour du peuple juif".
Lui n'avait jamais habité ici mais a participé aux marches pour réclamer une réinstallation avec les plus radicaux des colons, partisans d'un grand Israël où les Palestiniens n'ont ni place, ni nom. Les "Arabes", comme les appelle cet enseignant en yeshiva (institut talmudique) à l'épaisse barbe grisonnante, kippa noire et chemise claire.
- Vélos d'enfants et bulldozers -
L'installation débute juste. Des ouvriers s'activent sur les poteaux électriques, d'autres creusent au bulldozer. Une route goudronnée longe la dizaine de bungalows blancs. Devant les portes d'entrée, des vélos d'enfants jetés au sol, du linge qui sèche, un hamac, barbecue et trampoline.
L'intérieur est sommaire. "90m2, taille standard", bien moins grand et confortable que son ancienne maison dans une autre colonie, admet Meir Goldmintz. Il y vit avec sa femme et sept de ses huit enfants (l'aînée est mariée) dont les portraits décorent les deux frigos de la pièce à vivre. Rien au mur, des bibliothèques remplies de livres religieux, un piano sous bâche plastique et un canapé.
De la fenêtre, une vue panoramique sur des maisons beiges et champs d'oliviers à flanc de collines. "Ce sont tous des villages arabes, je ne sais pas pourquoi ils sont là puisque c'est une terre juive", lâche Meir Goldmintz.
La réponse des Palestiniens est taguée en arabe sur les murs d'un bâtiment à l'abandon - "la résistance reviendra". Certains graffitis ont déjà été recouverts.
Grignotée de toutes parts, la Cisjordanie, où vivent aujourd'hui plus de 500.000 Israéliens au milieu de trois millions de Palestiniens, voit pousser les drapeaux israéliens depuis 1967, mais le nombre de colonies approuvées par le gouvernement a explosé ces dernières années.
De trois seulement entre 2013 et 2022, le chiffre a augmenté avant de monter à 54 en 2025 et déjà 34 en 2026, selon l'ONG israélienne Peace Now.
"Nous enterrons l'idée d'un Etat palestinien et nous revenons à la colonie de Sa-Nur", avait résumé Bezalel Smotrich le jour de l'inauguration.
- Déterrer les morts -
Meir Goldmintz soutient que personne dans les environs ne leur est hostile. L'autre jour, avance-t-il, il était bloqué dans un embouteillage devant la colonie et des jeunes palestiniens l'ont aidé à passer.
Une vidéo filmée par des Palestiniens le lendemain de la visite de l'AFP raconte une autre histoire.
En contrebas de la colonie, dans le cimetière du village d'al-Asaasa, on voit des hommes porter un corps dans un linceul, vers la sortie. Derrière eux, des colons, armes de guerre en bandoulière, et des soldats israéliens.
Le corps est celui d'un vieil homme décédé ce jour-là. "Pendant que nous l'enterrions, les colons ont commencé à nous provoquer depuis là-haut mais nous les avons ignorés", témoigne auprès de l'AFP son fils, Mohammad Asaasa.
Il avait quitté les lieux une fois l'enterrement terminé, mais des habitants du village l'ont rappelé sur place, pour lui dire que les colons étaient toujours là.
En arrivant devant la tombe, Mohammad Asaasa voit qu'ils ont creusé la terre "pour essayer de déterrer le corps", dit-il.
Dans un communiqué, l'armée israélienne a souligné n'avoir jamais donné de telles instructions, assurant avoir confisqué les outils des colons. Et a condamné "tout acte allant à l'encontre de l'ordre public, de l'Etat de droit, et de la dignité des vivants et des morts".
Mohammad Asaasa, lui, a réenterré son père ailleurs.
A.Santos--PC