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La dissuasion nucléaire au cœur des entretiens Tusk-Macron à Gdansk
Dissuasion nucléaire, satellites militaires, industrie de défense: les dirigeants pro-européens Emmanuel Macron et Donald Tusk vont s'attacher lundi à Gdansk, dans le nord de la Pologne, à renforcer la coopération franco-polonaise pour une Europe plus "forte" et plus "souveraine" face à la Russie et aux Etats-Unis.
Dès son arrivée, le président français s'est rendu, comme ses prédécesseurs Charles de Gaulle en 1967 et François Mitterrand en 1989, au cimetière de cette ville portuaire de la Baltique où reposent des soldats français morts en Pologne, notamment lors de la guerre de 1870 et des deux guerres mondiales.
Le sommet est la première traduction concrète du traité d'amitié et de coopération renforcée signé le 9 mai 2025 à Nancy (est de la France), qui a rehaussé la Pologne au niveau des principaux alliés de la France, dont l'Allemagne.
Dans le contexte du conflit en Ukraine et des vives tensions avec Donald Trump sur la guerre en Iran, "les questions de sécurité et de coopération militaire seront les questions clés" de la rencontre, a esquissé le Premier ministre polonais.
"Nous avons des points de vue très proches sur la manière de construire la force de l'Europe (..) la souveraineté de la Pologne, de la France et de l'Europe", a-t-il ajouté à la veille de la visite dans sa ville natale.
Avec, au cœur des discussions, la dissuasion nucléaire "avancée" proposée le 2 mars par Emmanuel Macron à huit pays européens, Allemagne et Pologne en tête, avec possibles exercices conjoints et stationnements d'avions français équipés de la bombe chez ses alliés.
Lors de son déplacement, le président français est accompagné de quatre ministres (Armées, Affaires étrangères, Energie et Culture).
Il ne rencontrera pas son homologue polonais, le nationaliste Karol Nawrocki, en conflit permanent avec le gouvernement pro-européen.
"Le Premier ministre Tusk tenait absolument à ce que les deux présidents ne se rencontrent pas. C'est pourquoi il a insisté pour que la visite ait lieu à Gdańsk et non à Varsovie", a estimé Rafal Leskiewicz, porte-parole du président polonais, au site d'informations Onet.pl.
Interrogé par l'AFP, l'Elysée a indiqué qu'il s'agissait d'un sommet "gouvernemental".
"C'est le Premier ministre Tusk, les ministres qui sont les homologues des nôtres", selon l'Elysée.
- Préférence européenne -
MM. Macron et Tusk vont notamment discuter d'une possible "participation conventionnelle" de la Pologne à la dissuasion française, même si la France restera souveraine dans l'emploi de la force, a précisé l'Elysée.
Les forces polonaises pourraient apporter une contribution sur "l'alerte avancée, la défense aérienne ou les frappes dans la profondeur" en cas de conflit nucléaire, relève Paris.
L'Elysée promet aussi la signature d'un partenariat sur un "projet de satellite de communication militaire", avec "des opérateurs français, polonais et autres européens", alors que la Pologne développe ses capacités en la matière.
Autre sujet clé, la "préférence européenne" dans l'acquisition de matériels de défense dont Emmanuel Macron a fait un cheval de bataille au risque de braquer ses partenaires, notamment est-européens, très attachés au lien avec les Etats-Unis.
- Energie et culture -
La Pologne a massivement investi ces dernières années dans la modernisation de ses forces armées. En 2026, ses dépenses militaires devraient dépasser 4,8% du PIB, loin devant ses partenaires européens, faisant de son budget l'un des plus élevés de l'Otan.
Mais elle a surtout passé des "commandes pharaoniques de F35, hélicoptères d'attaque Apache, missiles Patriot et chars Abrams" américains, souligne un diplomate européen proche du dossier.
Le président nationaliste Karol Nawrocki, arguant d'une menace sur "l'indépendance" de son pays, s'oppose à la participation de la Pologne au programme Safe de l'UE synonyme de dizaines de milliards d'euros pour sa défense, alors que le gouvernement y voit une chance pour moderniser son armée et l'industrie.
Et si la Pologne a retrouvé des élans pro-européens avec Donald Tusk, elle reste fondamentalement attachée à la relation avec les Etats-Unis.
"La stratégie de Washington a (certes) changé" vis-à-vis des Européens, que Donald Trump malmène régulièrement, concède le Premier ministre. Mais les "relations polono-américaines, euro-américaines" restent "très importantes", dit-il.
Emmanuel Macron et Donald Tusk vont aussi se féliciter du retour de la Hongrie dans le giron pro-européen après la défaite électorale du Premier ministre Viktor Orban, qui se posait en chef de file du camp illibéral et nationaliste dans l'UE.
Côté business, le groupe français EDF espère plaider sa cause dans l'appel d'offres pour une deuxième centrale nucléaire polonaise.
La France et la Pologne, aux liens culturels historiques étroits, vont aussi annoncer une saison culturelle croisée en 2027.
Le président français doit également rencontrer le dirigeant historique du syndicat Solidarité et prix Nobel de la Paix Lech Walesa.
E.Ramalho--PC