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Macron attendu au Kenya, emblème de sa "relation refondée" à l'Afrique
Emmanuel Macron se rend dimanche au Kenya, pays anglophone qu'il considère emblématique d'une "relation refondée" de la France avec l'Afrique, en partie choisie mais en partie aussi imposée par les divorces avec d'anciennes colonies francophones sous ses deux mandats.
Au deuxième jour de sa tournée africaine, le président français doit quitter dans la matinée Alexandrie, en Egypte, où il a inauguré samedi le nouveau campus de l'Université Senghor de la Francophonie, pour arriver à Nairobi, en Afrique de l'Est.
Au programme, un tête-à-tête et une conférence de presse dans l'après-midi avec son homologue kényan William Ruto, et la signature d'accords entre des entreprises françaises et kényanes.
La "dynamique partenariale" entre les deux pays "n'a cessé de se densifier au cours des dernières années", souligne l'Elysée. Le Kenya accueille aujourd'hui 140 entreprises françaises aux profils et tailles variés, contre une trentaine de grosses sociétés il y a encore quinze ans, selon une source diplomatique.
William Ruto est de fait devenu un acteur incontournable de liens franco-africains pour un Emmanuel Macron désireux de s'extirper des déboires accumulés en Afrique francophone, notamment au Sahel.
Le président kényan est un allié-clé de ses initiatives pour réformer l'architecture financière internationale afin de mieux mobiliser l'argent privé, en ces temps de disette de l'aide publique au développement.
- "Africa Forward" -
C'est donc assez naturellement avec lui que le président français a choisi d'organiser, lundi et mardi, toujours à Nairobi, son premier vrai sommet Afrique-France. William Ruto devrait en sortir renforcé pour représenter le continent mi-juin au sommet du G7 à Evian, en France, auquel il a été invité par Emmanuel Macron, qui dit vouloir que l'Afrique soit "pleinement au coeur des décisions mondiales".
Pour la première fois, la grand-messe franco-africaine se déroule donc dans un pays anglophone, et a été baptisée en anglais, "Africa Forward".
Un "clin d'oeil", a assumé samedi le chef de l'Etat français à Alexandrie, où il a longuement défendu la francophonie, "magnifique projet universaliste". Pour mieux dire que la France n'est pas cantonnée à son ancien "pré carré" francophone mais ouverte sur tout ce "continent aux mille langues".
Le sommet se veut résolument tourné vers l'économie et les investissements, en présence d'une importante délégation de chefs d'entreprises françaises, dont Rodolphe Saadé (CMA CGM), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), Sébastien Bazin (Accor) ou Antoine de Saint-Affrique (Danone).
Cette "coalition de CEO" -- un autre anglicisme affiché au programme officiel -- rencontrera mardi plus d'une vingtaine de chefs d'Etat et de gouvernement attendus, et des promesses d'investissements sonnantes et trébuchantes pourraient être annoncées.
La diplomatie française espère ainsi répondre aux critiques contre un certain désengagement de quelques entreprises françaises, qui est allé de pair avec le recul de l'influence de Paris dans plusieurs pays africains.
Si le discours fondateur de la politique d'Emmanuel Macron pour l'Afrique, en 2017 à Ouagadougou, évoquait bien cette volonté de diversifier la relation, de multiplier les partenariats, et de miser sur les instruments du "soft power" comme le sport ou la culture, la tendance a aussi été accélérée par la situation géopolitique.
Dans trois pays sahéliens - Mali, Burkina Faso et Niger -, les putschs de 2020 à 2023 ont précipité le divorce avec la France et le départ de son armée, cristallisant les critiques contre la politique française.
Le sentiment antifrançais est aussi monté ailleurs à travers le continent, du Sénégal à Madagascar en passant par l'Algérie, où les relations restent en dents de scie malgré un nouveau début de dégel.
La tournée africaine du président français se terminera mercredi en Ethiopie.
A.S.Diogo--PC