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Ancien exilé, Barham Saleh à la tête du Haut-Commissariat onusien aux réfugiés
Barham Saleh a connu la torture, l'arrachement. Une quarantaine d'années plus tard, cet ancien exilé prend les rênes du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), confronté à un manque de financements alors que le nombre de déplacés a doublé en dix ans.
Président d'Irak de 2018 à 2022, il est le premier ex-chef d'Etat à diriger le HCR, et le premier ancien exilé à la tête de l'agence onusienne depuis son premier commissaire, le Néerlandais Gerrit Jan van Heuven Goedhart, un résistant forcé de fuir l'occupation nazie.
Une "responsabilité profonde", "morale" et "légale", a-t-il estimé dimanche lors de son premier déplacement depuis sa prise de fonction le 1er janvier, une visite au camp de Kakuma, établi en 1992 dans le nord du Kenya.
"Je connais la douleur de perdre sa maison, ses amis et toute certitude à ce sujet", confie-t-il à l'AFP, en appelant au respect de la dignité des réfugiés, et à leur garantir, au-delà de la protection, des opportunités.
Né en 1960 à Souleimaniyeh, bastion de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), un parti appelant à l'autodétermination des Kurdes d'Irak, alors honni des autorités, Barham Saleh est le fils d'un juge et d'une militante des droits des femmes. Il est exilé en Iran en 1974, et scolarisé un an dans une école pour réfugiés.
En 1979, de retour en Irak, lui qui est à son tour devenu membre de l'UPK est arrêté deux fois. Il raconte avoir passé 43 jours "très durs", ponctués "d'actes de torture, de chocs électriques, de coups" infligés par une unité spéciale du régime de Saddam Hussein.
Après sa libération, cet excellent élève, qui avait terminé parmi les trois meilleurs lycéens d'Irak malgré les horreurs subies en détention, selon l'un de ses anciens collègues, fuit avec sa famille au Royaume-Uni. Il y obtient un diplôme d'ingénieur en informatique et un doctorat.
Barham Saleh apporte "une perspective personnelle du déplacement" à son nouveau poste, observait peu avant de lui passer la main Filippo Grandi, son prédécesseur au HCR.
"Le dialogue le plus important que nous ayons est avec les réfugiés, et lui, il est tellement bien placé pour le faire", remarquait l'Italien, interrogé en décembre par l'AFP.
- "Quelqu'un de bien" -
Le camp de Kakuma, où s'est rendu Barham Saleh, abrite plus de 300.000 réfugiés originaires du Soudan du Sud, de Somalie, du Burundi et du Rwanda. Nombre d'entre eux n'ont rien connu d'autre.
"Le monde dans lequel nous vivons ne devrait pas permettre que cela continue", s'indigne l'homme affable au visage rond, qui veut améliorer l’intégration des réfugiés.
Considéré comme un homme politique modéré, Barham Saleh peut se targuer, à 65 ans, d'une longue carrière, tant au Kurdistan, région autonome depuis 1991, qu'au sein des autorités fédérales irakiennes, après le renversement de Saddam Hussein en 2003.
Lorsqu'il est élu président d'Irak en 2018 - un poste largement honorifique - il est décrit comme une personnalité kurde appréciée à Bagdad mais son refus de se conformer à la discipline de l'UPK lui en a aliéné certains.
Le Secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a salué l'expérience de M. Saleh en tant que "négociateur de crise et architecte des réformes nationales" - alors que l'agence est, selon son nouveau chef, confrontée à des "défis très, très sérieux".
En dix ans, le nombre de personnes déplacées de force dans le monde a presque doublé - 117 millions de personnes, selon les chiffres du HCR de juin - tandis que le financement de l'aide internationale diminue de façon drastique, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025.
Barham Saleh, qui dit espérer être surtout "quelqu'un de bien", plaide pour que la communauté internationale assume ses obligations juridiques et morales, mais concède que l'agence onusienne qu'il dirige doit s"'adapter" à ce nouveau cadre.
L'un de ses anciens conseillers du temps où il était président irakien, Halkawt Al-Chalabi, évoque une personne "profondément humaine", qui "voit des possibilités là où d'autres voient des murs".
"Il m'a dit un jour : peu importe la position que vous atteindrez dans la vie, ne perdez jamais votre humanité. Si vous la préservez, vous serez non seulement un meilleur dirigeant, mais vous dormirez aussi mieux la nuit."
burs-jcp/jf/am
E.Paulino--PC