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Entre Nuuk et Copenhague, l'indépendance du Groenland envisagée prudemment
Nation au sein du royaume du Danemark, le Groenland veut s'émanciper de la tutelle de Copenhague mais si la marche à suivre est claire, les dirigeants de l'île arctique avancent prudemment sous l'oeil intéressé de Donald Trump.
"Nous avons un accord avec nos concitoyens groenlandais, selon lequel ils décident de leur avenir librement", explique à l'AFP l'historien Bo Lidegaard, ancien diplomate.
"Pour nous, c'est une violation de tout ce que nous défendons et de tout ce que nous avons convenu avec les Groenlandais si cette décision n'est pas prise librement et sans contrainte", poursuit-il. Pas question donc de céder aux pressions américaines et de "vendre" un territoire qui répète ne pas vouloir être acheté.
Pour le Danemark, pas question non plus de garder coûte que coûte l'île, autonome depuis 1979 après avoir été longtemps une colonie puis un département du royaume.
La Première ministre Mette Frederiksen a souligné que le souhait d'indépendance du Groenland était "à la fois légitime et compréhensible", mais qu'elle cherchait avant tout à développer la communauté du royaume danois, qui compte aussi les îles Féroé.
"Dans les pays nordiques, à l'époque contemporaine, si un territoire veut faire sécession et devenir indépendant, il doit être autorisé à le faire", relève le professeur de politique internationale à l'Université de Copenhague, Ole Waever.
"Que ce soit avec la Norvège en 1905 ou l'Islande en 1944, il n'y a pas eu de guerre civile", souligne-t-il.
- "Très difficile" -
Dans les rues de Copenhague, les Danois estiment que le Groenland peut faire sécession, s'il se sent prêt.
"Je suis d'accord pour qu'ils deviennent indépendants, mais je pense que ce sera très difficile, pour l'instant, pour un si petit pays (…) tout seul, sachant qu'un grand pays comme les États-Unis les convoite", dit Charlotte Moltke, une retraitée de 68 ans.
Les grandes lignes de l'accès à l'indépendance sont tracées par la loi sur l'autonomie interne de 2009.
"Nous sommes plus malins que les Britanniques : on ne fait pas un Brexit et ensuite on essaie de comprendre ce que ça veut dire, ce qu'il faut faire est clair dès le début", sourit M. Waever.
Le chapitre huit stipule dans son article 21 que si le peuple groenlandais décide de demander l'indépendance, des négociations doivent s'engager entre Nuuk et Copenhague pour aboutir à un accord définissant les modalités du divorce.
La question de la contribution financière, environ 4,5 milliards de couronnes (602 millions d'euros) versées chaque année par Copenhague au Groenland et qui correspond à plus d'un cinquième de son PIB, figure au coeur des discussions.
L'accord, conclu avec le consentement des parlements danois et groenlandais, doit en dernière instance être adopté par référendum au Groenland.
- Économie fragile -
Point délicat, l'économie groenlandaise repose quasi exclusivement sur la pêche et va devoir affronter les conséquences du vieillissement de sa population, relève un rapport de la Banque nationale du Danemark.
"Je ne pense pas qu'ils soient en position d'être économiquement indépendants. Mais s'ils veulent essayer, bien sûr, qu'ils y aillent. Ce n'est pas à nous d'en décider", estime Joachim Ziegler, un étudiant de 24 ans.
Très largement indépendantistes, les Groenlandais sont plutôt réticents à l'idée d'une sécession rapide, pourtant mise en avant par le seul parti d'opposition, Naleraq, qui a rassemblé près d'un quart des suffrages aux dernières législatives.
"C'est de mauvais goût : ce qui se passe est terrible en ce moment, et (certains) exploitent la situation pour obtenir l'indépendance", juge à Nuuk l'entrepreneuse groenlandaise Inger Olsvig Brandt.
"Je sais que nous, les Groenlandais, souhaitons tous devenir indépendants (..) mais il faut un plan pour cela", dit-elle.
Sur le plan politique, la coalition gouvernementale, soutenue par 75% des suffrages aux législatives de mars 2025, travaille discrètement à partir d'un projet de constitution établi en 2024.
"Jusqu'à l'an dernier, aucun homme politique groenlandais digne de ce nom n'aurait déclaré préférer rester au sein du royaume du Danemark, et c'est très difficile de revenir en arrière. Mais il s'agit d'abord d'un débat interne au Groenland", souligne Mikaela Engell, spécialiste du territoire arctique et ancienne représentante du Danemark sur place.
Le gouvernement groenlandais pourrait commencer à prendre en charge un nouveau domaine: en 2009, il a ainsi commencé à gérer ses ressources naturelles.
A.F.Rosado--PC