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Choc et enquête en Corse au lendemain de l'assassinat d'Alain Orsoni aux obsèques de sa mère
Au lendemain de l'assassinat retentissant d'Alain Orsoni, figure du nationalisme corse reconverti dans les affaires, sur la tombe de sa mère, camarades nationalistes et élus dénoncent un crime "innommable", qui mobilise enquêteurs et magistrats anticriminalité les plus rodés du pays.
Le président autonomiste du conseil exécutif Gilles Simeoni, homme fort de l'île, a présenté mardi ses condoléances aux proches de cette "figure marquante de l'histoire contemporaine du nationalisme corse, dans sa part de lumière comme dans sa part d'ombre", estimant, dans un communiqué, que ce nouvel assassinat "participe d'une pression mafieuse qui pèse lourdement sur la société corse".
"Le respect des morts, ainsi bafoué, emporte dans sa chute terrible notre tradition et les valeurs de notre civilisation", avait réagi lundi soir le Parti de la nation corse (PNC), autonomistes opposés au parti de Gilles Simeoni.
Mais pour bon nombre des historiques du Front de libération nationale corse (FLNC) dont Alain Orsoni était un des fondateurs, "ça fait déjà très longtemps qu'il n'était plus un nationaliste mais plutôt un membre de la voyoucratie", analyse pour l'AFP Thierry Dominici, politologue à l'université de Bordeaux, spécialiste des mouvements nationalistes.
- "En plein coeur" -
Il n'a d'ailleurs "pas d'impact, ni idéologique, ni intellectuel, sur les militants" indépendantistes actuels, estime l'universitaire.
Lundi vers 16H30, Alain Orsoni, 71 ans, a été touché "en plein cœur" d'une unique balle provenant "d'un tir à longue distance" avec une arme "certainement équipée d'une lunette" alors qu'il assistait à l'enterrement de sa mère dans le cimetière en terrasses de Véro, son village familial situé à une trentaine de kilomètres d'Ajaccio, selon le procureur d'Ajaccio et une source proche de l'enquête.
"Il vient pour enterrer sa mère de 91 ans et on jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c'est innommable, c'est ignoble", s'est indigné Jo Peraldi, proche d'Alain Orsoni et ancien chef du FLNC, interrogé par l'AFP.
Mardi, sur le terrain, les enquêteurs étaient à pied d'oeuvre pour localiser le lieu où s'était embusqué le tireur et des scellés ont été posés à la mi-journée devant un pin, à une centaine de mètres de l'escalier du cimetière où Alain Orsoni s'est effondré, mortellement touché, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Le tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco), dont un magistrat est attendu sur place mardi, a très rapidement annoncé se saisir de l'enquête, "au regard notamment de la qualité de la victime et de son appartenance au milieu corse", en co-saisine avec la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille.
Alain Orsoni, qui a aussi été président du club de foot de l'Athletic Club Ajaccio (ACA), aujourd'hui exclu des compétitions nationales, venait d'arriver dimanche du Nicaragua où il vivait et travaillait dans le secteur des jeux.
"Il n'avait pas l'air inquiet du tout, il avait fait des courses le matin en ville à Ajaccio sans gilet pare-balles", a précisé M. Peraldi à l'AFP.
- "Nos valeurs s'envolent" -
Marie-France Orsoni (homonyme de la victime), la maire de Véro, a appelé mardi à "respecter ce deuil, ces deuils" et fait part de sa "sidération" à l'AFP-TV, "parce qu'un crime, un meurtre dans (...) un lieu saint, c'est inédit. Nos valeurs s'envolent".
Les drames et vengeances, la famille Orsoni en connaît depuis plus de 40 ans. En 1983, Guy, le frère d'Alain, lui-même militant nationaliste, était assassiné. Un an plus tard, nait le fils d'Alain, qu'il appellera Guy en souvenir. Actuellement détenu, il est considéré comme une figure du banditisme insulaire.
Alain Orsoni avait fait scission du FLNC et fondé le Mouvement pour l'autodétermination (MPA), le "Mouvement pour les affaires", selon ses détracteurs.
Condamné et écroué dans plusieurs dossiers, il avait quitté la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide nationaliste.
Il s'agit sans doute d'un des meurtres les plus retentissants depuis celui du bâtonnier Antoine Sollacaro en 2012, qui était son avocat et dont le tueur a été condamné en décembre à 30 ans de prison en l'absence du commanditaire présumé de ce meurtre, Jacques Santoni, soupçonné d'être le chef de la bande criminelle du Petit Bar.
C'est cette même bande criminelle qui avait été impliquée dans le projet d'assassinat visant déjà Alain Orsoni en 2008 et une forte rivalité oppose depuis plusieurs années le clan Orsoni, dont plusieurs membres ont été assassinés, au Petit Bar.
E.Paulino--PC