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Au Bangladesh, les hôpitaux débordent de petits malades de la rougeole
Dans les couloirs ou dans les chambres, les mêmes quintes de toux et les mêmes gémissements. Depuis trois semaines, l'hôpital Mohakhali de Dacca déborde de petits patients victimes de la pire épidémie de rougeole recensée au Bangladesh ces vingt dernières années.
Rubia Akhtar Brishti, 18 ans, s'efforce d'apaiser son fils Minaz, un an à peine, en le berçant dans ses bras.
"Mon garçon a été pris d'une forte fièvre, il souffrait de détresse respiratoire et tout son corps était couvert de plaques rouges", raconte-t-elle, "ça nous a inquiétés alors on a aussitôt quitté notre village pour venir ici".
L'état de santé du gamin s'est légèrement amélioré depuis son arrivée dans cet hôpital ouvert pendant la pandémie de Covid. Au grand soulagement de sa mère, il peut à nouveau respirer à peu près normalement.
Depuis le mois dernier, le Bangladesh est confronté à un nombre inquiétant de cas de rougeole.
Jeudi, son ministère de la Santé en avait déjà dénombré 12.320, dont 143 mortels. L'épidémie ne donne aucune signe de ralentissement. Six enfants sont encore morts lors des dernières vingt-quatre heures.
La rougeole est considérée comme l'une des maladies les plus contagieuses par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui estime à 95.000 le nombre de morts qu'elle provoque chaque année, surtout chez les enfants non-vaccinés de moins de 5 ans.
Au Bangladesh, les épidémiologistes attribuent cette brusque poussée du virus à la malnutrition, au recul de l'allaitement chez les jeunes mères et, surtout, à la baisse de la couverture vaccinale, dont les autorités avaient pourtant fait une de leurs priorités.
Mais le chaos politique né de la chute du régime de fer de Sheikh Hasina en 2024 et la décision, l'année suivante, de Donald Trump de tailler à la hache dans l'aide américaine au développement l'ont sérieusement mise à mal.
Dès les premiers signes de l'épidémie, le gouvernement bangladais a lancé une opération de vaccination dans trente des foyers les plus importants. Objectif: immuniser plus de 1,2 million d'enfants.
- "Plus de doses" -
Il y a urgence. "Nous savons que si le nombre de vaccins administrés n'est pas suffisant et que la campagne n'est pas prolongée, l'épidémie va continuer à se développer et les services de pédiatrie à se remplir", a averti Golam Mothabbir, de l'ONG Save The Children.
Mais il est déjà trop tard pour beaucoup de malades.
Les plus petits - les campagnes de vaccination ne débutent qu'à partir de neuf mois - et tous ceux qui n'ont tout simplement pas pu en bénéficier.
C'est le cas des deux enfants de Nusrat Jahan Panna, 20 ans, hospitalisés eux aussi à Mohakhali.
"Nous avons perdu les carnets de vaccination", explique la mère, qui passe sa journée à leur chevet. "Les deux souffrent aujourd'hui. Surtout le petit", décrit-elle, "et moi je suis tiraillée entre les pleurs des deux".
Grand-mère d'un petit Safwan traité dans le même service, Yasmin Khatun dénonce une pénurie de vaccins. "On a pourtant emmené le petit dans un centre", peste-t-elle, "mais il n'y avait plus aucune dose disponible".
Porte-parole du ministère de la Santé, Zahid Raihan confirme les trous de la couverture vaccinale.
"L'an dernier, seuls 59% des enfants ont été vaccinés, alors qu'il en faudrait 97% pour atteindre l'immunité de groupe", dit-il, "faute de cette immunité de groupe, ils peuvent être infectés même vaccinés".
Les statistiques le prouvent. Parmi les enfants infectés, 17% ont reçu une dose de vaccin, et 11% ont pu bénéficier de deux injections.
L'épidémie actuelle, regrettent les experts, n'est que le fruit d'un relâchement des autorités.
"Nous avons non seulement constaté une pénurie de vaccins, mais aussi l'absence depuis longtemps de distribution de vitamine A", énumère sous couvert d'anonymat un spécialiste de l'Unicef.
L.Carrico--PC