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Pour éviter une pénurie, l’Inde diversifie ses approvisionnements pétroliers
L’Inde a accru ses achats de pétrole russe et s’est de nouveau tournée vers l’Afrique, l’Iran et le Venezuela afin d’éviter une pénurie d’or noir liée à la guerre au Moyen‑Orient, ont indiqué des analystes.
Environ la moitié du brut importé par l'Inde, troisième acheteur de pétrole de la planète, transite par le détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale pratiquement paralysée depuis que les Etats-Unis et Israël ont attaqué l'Iran le 28 février dernier.
Très dépendante de ses importations et dotée de stocks pétroliers limités contrairement à d'autres pays, l’Inde compte parmi les nations les plus exposées à une flambée soudaine des prix du pétrole, selon des analystes.
Le pays le plus peuplé de la planète, qui connaît des problèmes d'approvisionnement en gaz en bouteille destiné à la cuisson, a jusqu'à présent évité les pénuries de carburant, contrairement à certains de ses voisins.
Selon le suivi maritime et les données sur les importations, New Delhi a en partie compensé ce déficit en se tournant vers d’anciens et de nouveaux fournisseurs.
La principale bouée de sauvetage est venue de Russie, un exportateur de pétrole dont New Delhi avait été contrainte de se détourner en août dernier quand Donald Trump avait imposé 25% de droits de douane pour forcer l'Inde à cesser d'acheter du pétrole russe.
Les raffineurs indiens ont importé en moyenne près de 1,98 million de barils par jour (bpj) de Russie en mars, contre environ un million en janvier et février, selon Nikhil Dubey, de la société d'analyse Kpler.
Mi-mars, Washington a annoncé l'autorisation temporaire de la vente de pétrole russe stocké sur des navires.
L'Inde aurait acheté 60 millions de barils supplémentaires de pétrole russe pour livraison d’ici avril, ont indiqué des sources de ce secteur.
La semaine dernière, Washington a prolongé cette suspension des sanctions contre le brut russe jusqu'au 16 mai.
Cette décision "donne aux raffineurs indiens la marge de manoeuvre dont ils avaient cruellement besoin", a déclaré Rahul Choudhary, vice-président de Rystad Energy.
New Delhi s'est également tournée vers d'autres pays.
-Perspectives peu réjouissantes -
Les importations en provenance d’Angola ont atteint en moyenne 327.000 (bpj) en mars, selon les données, soit près de trois fois plus qu'en février.
Les observateurs du secteur affirment que ces achats de brut africain ont été effectués avant le début de la guerre au Moyen-Orient mais qu’ils se sont révélés utiles.
"Une grande partie de la hausse observée en mars en provenance de l’Angola ou en avril du Nigeria s’explique par la recherche de sources alternatives à la Russie", a déclaré à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un responsable d’une raffinerie publique.
Selon Kpler, des cargaisons de brut en provenance d’Iran et du Venezuela ont commencé à arriver en avril.
À la mi-avril, les importations en provenance d’Iran se sont élevées en moyenne à 276.000 barils par jour contre environ 137.000 pour le Venezuela.
Ces achats ont été une manne providentielle pour les raffineurs qui avaient évité ces deux fournisseurs pour ne pas s’attirer les foudres de Washington.
Malgré ces nouvelles sources d'approvisionnement, les perspectives ne sont pas pour autant réjouissantes.
Les importations globales de brut de l’Inde ont diminué en mars, tombant à 4,5 millions de barils par jour contre 5,2 millions en février, selon Kpler.
Les analystes notent également que le pétrole africain présente des limites comme solution de substitution, les installations de raffinage étant essentiellement adaptées pour traiter des bruts aux propriétés différentes, indique M. Dubey, de Kpler.
"L’ère du pétrole bon marché est pour l’instant révolue, mais l’accès à l’or noir a été préservé", estime M. Choudhary.
Jusqu'à présent, les prix à la pompe n'ont pas encore augmenté, New Delhi ayant préféré baisser les taxes sur l’essence et le diesel.
Certains analystes mettent en garde contre une hausse des prix pouvant atteindre 28 roupies par litre (environ 0,25 euro) à l’issue des élections organisées en avril dans certains Etats et territoires.
Le ministère du Pétrole a reconnu jeudi que les compagnies pétrolières publiques subissent des pertes mais a démenti qu’une hausse des prix soit imminente.
"L’Inde est le seul pays où les prix de l’essence et du diesel n’ont pas augmenté depuis quatre ans", a-t-il affirmé.
"Le gouvernement (...) et les entreprises pétrolières publiques n'ont pas cessé de prendre des mesures afin de protéger les citoyens indiens contre de fortes hausses des prix internationaux".
T.Resende--PC